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Poème

Trois voix de Jean Joubert

I Qu'est-ce que c'est, cette voix qui monte de la terre, cette voix que bave, dirait-on, la bouche fêlée de la terre et qui serait peut-être bruit d'arbre, bruit de vent ou d'invisible bête, s'il n'y avait soudain comme des bribes de paroles, des mots mâchés, des débris de syllabes, des bruits de gorge : paroles d'hommes alors dirait-on, dans le silence de la terre. Mais ce serait une langue barbare étrangère à la clarté et à la terre : une langue comme une maison déserte où le vent siffle, où la charpente craque où choient les ombres et les pierres. Et cette langue ardente et déchirée que fait-elle à rôder sur une terre de silence ? Que cherche-t-elle balbutiante à dire avec un pathétique effort ? Et n'est-ce-pas vers moi, la sentinelle, le veilleur, qu'elle est tendue, pour ne souffler quoi qui s'étrangle, s'efface, est avalé par la bouche blessée et, dirait-on boueuse de la terre. Boueuse et muette désormais. Et ce qui m'a frôlé, cette nuit, cette voix d'homme souterrain peut-être ou d'arbre, de vent ou de bête, me laisse inconsolé, dans le silence des étoiles. II Cette autre bouche humaine, péremptoire, tranchante dans ses palais de glace, bouche bavarde, vite éclatée en mille échos sonores ne m'a rien dit sur le vertige des étoiles. De ses éclats je n'attends rien dans la quête où nous sommes d'une clarté. N'y aurait-il alors qu'une autre parole portée par l'eau amie sur la terre où nous sommes et par le vent, le feu et l'alliance de leurs voix ? Notre pacte alors dans l'attente où nous sommes serait, au seuil du soir, serment de veille et d'amour et d'écoute. Signe menu, ce matin : le chant du merle, à l'aube, entre les tours. III N'y aurait-il alors que cette voix profonde perçue jadis dans la forêt d'enfance et le jardin d'amour et la rivière et la seule maison vive dans la mémoire où les femmes tissaient les mots de la légende : voix venue de temps immémoriaux, passant de bouche en bouche et qui, dans le brouillard, nommaient les dieux, car tout alors baignait dans l'absolue beauté de leur présence. Et ils couraient dans les moissons, mangeaient le pain, dormaient sur notre paille, tendres et familiers. C'est en musique désormais que leurs voix et la voix des femmes se prolongent et s'efforcent vers nous, vers l'espérance de nos coeurs. Et c'est alors qu'il faut saisir, aimer, bercer cette parole dans la naissance du poème.

   

De quel amour blessée,
réflexions sur la langue française par Alain Borer
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