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centre national de ressources pour la poésie  

HOMMAGES

 

Jean-Hughes Malineau

 

 

Nous apprenons la triste nouvelle du décès de Jean-Hugues Malineau. Il fut dans les années 70 un des pionniers du renouveau des pratiques poétiques à l'école. Animateur hors pair d'ateliers d'écriture, homme chaleureux et inventif, il a su transmettre à des milliers d'enfants le goût heureux de la poésie et de l'invention de la langue.

Jean-Pierre Siméon

Lire le bel hommage fait par le centre de recherche de la littérature jeunesse

http://www.crilj.org/in-memoriam-2/

 

 



à PIERRE ETAIX

Si quelqu'un a vécu sa vie en poète c'est bien Pierre Etaix.

Inutile sans doute de rappeler l'évidence du caractère intensément poétique de son œuvre cinématographique, du personnage de Yoyo et de clown funambule des songes qu'il incarna mais peut-être faut-il se souvenir qu'il fut aussi, par exemple dans ce livre rare qu'est Dactylographismes , un poète du verbe, un extraordinaire inventeur de surprises et autres loufoqueries langagières.

Il avait été notre invité au Festival Ciné poème initié par le Printemps des poètes et la ville de Bezons et nous avions fêté l'exceptionnel poète de cinéma qu'il était : sa simplicité et son enthousiasme indomptable avaient fait merveille. Pierre Etaix était poète oui, poète intégral, avec ou sans paroles.


Jean-Pierre Siméon

 

 


 

 

A GERARD RONDEAU

À la mort de Yves Bonnefoy, le 1er juillet dernier, c’est une photographie de Gérard Rondeau qui donnait corps à l’article du journal Le Monde. Aujourd’hui que meurt le photographe, de trente ans son cadet, ce sont les mots des poètes foudroyés qui escortent sa mémoire.
Poètes du Grand Jeu d’abord, ces Phrères Simplistes de Reims, dans sa Champagne natale : Roger Vailland, Robert Meyrat, Roger Gilbert-Lecomte, dont il n’a pas craint de reprendre le Testament à même le dos et les fesses d’une femme nue, - « regarder à se crever les yeux, à éclater le crâne, avec les yeux de derrière les yeux, de derrière la tête, comme un aveugle avec un grand cri lumineux… » -, ou encore René Daumal auquel il emprunte l’incipit de Mugle : « J’avais posé le monde sur la table ».
Poètes de la poésie vécue et de l’irrémédiable aussi : d’Apollinaire à Blaise Cendrars, du Joë Bousquet de Carcassonne à l’Antonin Artaud de Ville-Évrard, de la tombe marocaine de Jean Genet jusqu’au Pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel...
Car s’il est resté fidèle au dépouillement du noir et blanc et du vieil argentique en bandoulière, Gérard Rondeau ne cessait d’écrire autour de ses images. Autant qu’en travers. Des bribes spontanées de poèmes, comme pour contrer le silence de la photographie. Italique à main levée, au feutre noir, comme pour redoubler le mystère de l’instant à même la pellicule. Surcroît de sens, comme un supplément d’âme, d’énigme et de liberté.
Qu’il photographie la guerre, la Marne ou les musées, les gens, les gargouilles ou les arbres, les livres, les fantômes ou le vent, Gérard Rondeau donne à voir plus vaste que le regard. Pas forcément plus loin, mais plus profond. Le temps a sa part en négatif, et les battements du cœur panoramique. Entre tragédie, vanités et générosité journalière.
Sa disparition éclair, l’espace d’un triste été, a la pudeur intime et lumineuse des visions qu’il nous laisse, éphémères et inoubliables, tel l’envol des oiseaux migrateurs obscurcissant le ciel au-dessus des tours de la cathédrale de Reims, la bibliothèque nationale de Sarajevo éventrée, ou encore ce vers d’Octavio Paz sur une feuille blanche dans les remous d’une rivière : « l’eau parle sans cesse et jamais ne se répète ».
Il faut dire que son nom même est celui d’un très ancien poème.

Sophie Nauleau


http://www.gerardrondeau.com

 

 

A MICHEL BUTOR

Michel Butor était de cette sorte de gens dotés d'une telle vitalité qu'on les croit naïvement indestructibles et dont la mort étonne autant qu'elle afflige. Magnifique polygraphe, rétif aux injonctions de la célébrité et des modes, il avait depuis longtemps tourné la page de la fameuse épopée du "Nouveau roman", revendiquant obstinément, sans que toujours on l'entende, la qualité de poète. Pour preuves, son soutien indéfectible à l'action du Printemps des poètes , sa présence à nos côtés dans maintes manifestations, son empressement à nous offrir tel ou tel poème inédit quand nous le sollicitions. Nous perdons donc un ami généreux autant qu'un grand poète inclassable dont l'écriture pleine et profuse témoigne d'un appétit du réel , d'une confiance dans la parole devenus rares dans un univers littéraire dont il vivait justement "à l'écart ". On lui rendra justice quand on mesurera l'apport du poète qu'il voulait être envers et contre tout.

JP Siméon

 Relire ses oeuvres

A YVES BONNEFOY

La disparition d’Yves Bonnefoy fait un vide immense dans la poésie. Nous lui devons certes une œuvre incomparable qui a su lier de façon magistrale les grands apports de la modernité et la tradition classique, qui fait entendre un chant non pareil qui touche immédiatement l’âme du lecteur, mais nous lui devons en outre d’avoir manifesté sans relâche, obstinément, une confiance absolue dans la poésie, dans son pouvoir d’éclairement, dans sa capacité à restituer dans notre relation au réel la présence et l’intensité.
Il écrivait récemment dans son dernier livre paru, Ensemble encore, ces vers écrits pour de jeunes prisonniers italiens, qui sont sans doute pour nous tous un viatique :
« Car rêver, c ‘est beauté qui cherche à être

Et beauté, c’est aimer, c’est vérité
Qui vous prendra dans ses bras, même ici
Où désirer, c’est un peu être libre. »

Jean-Pierre Siméon

 

Relire ses oeuvres

 


A LUDOVIC JANVIER

L'hommage de Jacques Bonnaffé 
Ludovic Janvier est mort ce début de semaine, après des mois de luttes et d'épuisement.
Sa disparition m'emplit d'une immense tristesse, Ludovic troussait des poèmes à la mort et des nouvelles canailles et noires. Son talent nous éclatait à la figure, le public me redemandait l'auteur de la Mer à boire, retenir son nom, les titres. Nous sommes nombreux, comédiens ou lecteurs à avoir emprunté ses pages. Incorrigible Ludo, élégant torturé, assoiffé de la vie, ressuscité des lettres
Son chant, sa vieille plainte amusée ne me quitte pas.
Jac B

...Un soir encore un soir de gagné
à écouter en soi l'inexplicable
faire son bruit de souffle et d'images
Il m'a quitté pour cette musique
après laquelle mes mots s'étirent
....
(poème "Avec Sam")

 

Je garde de très bons et très précieux souvenirs de l'homme et de l'œuvre rassemblés.
Il était venu à Lyon, pour le Printemps des Poètes, il y a quelques années... Et il avait reçu le Prix Kowalski.
Ses rivières dans la voix vont nous manquer !
Son regard aussi. Et cette présence, unique, informelle, aux gestes déployés...

Thierry Renard, poète


Comme il va me manquer.
Son intelligence, son élégance, son talent, ses caprices, ses digressions, sa sensualité, sa force... le sentir marcher à travers Paris...

Yannick Laurent, comédien


L'hécatombe de janvier prend ce soir un goût de cendre particulier. Ludovic était une voix qui m’accompagnait en secret de lecture depuis longtemps. Je l'avais rencontré une fois à Arras il m'avait semblé ressembler à ses poèmes.

Marie Ginet, poète
 

Sur France Culture: http://www.franceculture.fr/2016-01-20-je-n-ecrirai-pas-que-je-suis-mort-pourquoi-ecrire-que-je-suis-ne-disait-le-poete-ludovic


 

A ALAIN JOUFFROY

C'est avec une grande tristesse que nous apprenons la mort d'Alain Jouffroy. 

http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/deces-d-alain-jouffroy-poete-surrealiste-et-ami-d-aragon_1747865.html

Un hommage lui sera rendu pendant le Printemps des Poètes au Centre national du livre

 


 

A GUY BELLAY

Guy Bellay est décédé samedi à Nantes. Il avait 83 ans et était atteint de la maladie de Parkinson.
Poète remarquable, il était d’une discrétion totale, voire exagérée, refusant par exemple toute interview, auteur d’un symptomatique Les Curieux ne me verront pas (dossier mis en chantier par Gilles Pajot avant sa disparition en février 1992, repris et achevé par Christian Bulting, Éditions À Contre-Silence, janvier 1998 – choix de textes et critiques de Gilles Pajot, Albane Gellé, Georges Cathalo, Henri Deluy, Daniel Biga, Christian Bulting et Bernard Bretonnière). Ami de René Char, de Georges Mounin, de Georges-Louis Godeau, de Daniel Biga ou de Franck Venaille (et d’autres poètes de la revue Chorus), Guy Bellay avait principalement publié, en marge de son métier d’instituteur, Bain public (P.-J. Oswald, 1960), Bain public II (P.-J. Oswald, 1968), Restez, je m’en vais (Saint-Germain-des-Prés, 1975) et La Liberté, c'est dehors (Saint-Germain-des-Prés, 1984). En 2002, les Éditions du dé bleu avaient oppportunément publié Les Charpentières, anthologie 1960-1984. Daniel Biga, soucieux de faire connaître la poésie trop peu mise en lumière de son ami, avait fait paraître Avez-vous lu Guy Bellay ? (L’Osier blanc, 1993). On rappellera également l’article de Georges Mounin Pourquoi Guy Bellay ? paru dans Vocatif en 1985 et repris dans Interlope la Curieuse en 1990. Humaniste inflexible, marqué par la guerre d’Algérie et son désir d’insoumission, Guy Bellay avait exprimé sa révolte dans plusieurs poèmes. Poète exigeant, peu prolifique, et moins prolixe encore, il semblait avoir fait sienne cette phrase de René Char : « Le poète se remarque à la quantité de pages insignifiantes qu’il n’écrit pas. » Guy Bellay remarquait encore : « Ce n’est pas écrire qui est désespérant, c’est le vide entre deux émotions. » Dans La Libérté, c’est dehors, il écrivait cet « Avant dernier poème » :
« Maintenant je suis un poète sans substance. Je relis de vieux textes dans le silence d’émotions mortes. Je suis un homme âgé qui ne sait plus quoi écrire et que la création seule justifiait. L’enthousiasme ne s’invente pas. Des tempêtes ont abattu ce qu’il y avait à briser en moi. Je vis dehors. Je vais au-devant de je ne sais quoi, une rencontre, comme au début, lorsque j’attendais tout et que ce fut la vie qui vint. »

En 1984, le magazine du CRDC Face B avait republié cet autre poème du même recueil, repris ensuite dans Les Charpentières :

PORTRAIT D’ENFANTS EN GROUPE
(Le maître d’école est sur le côté)

Voici, de gauche à droite et de haut en bas :

Murielle, obèse et aphasique ;
Sylvie, sa tumeur sèche au cerveau ;
Line, son diabolo douloureux dans l’oreille ;
Patrick, sournois, bas comme une souche ;
Louis, qui garde sa casquette sur sa tête pour rester sûr de lui, mais l’ôte pour se frotter contre les chats ;
Sandra, orpheline aux mots dépareillés ;
Jean, silencieux, bras croisés, qui attendra six mois pour parler et me dire : « Vous ne me connaissez pas. »
Gaétan, qui aime mourir autant que vivre ;
Marc, qui incendie les boîtes aux lettres, appelle douze fois les pompiers, lâche les ciseaux du deuxième en visant les crânes, s’acharne à vouloir lire, et enfin y parvient ;
Karl, qui agite ses mains devant ses yeux, et c’est à longueur de jour le vol suspendu d’une mésange devant une fenêtre vide ;
Alain, qui a deux pères, et José, un demi ;
Annie, qui a repoussé ma main de son épaule comme un serpent ;
Gaëlle, la douce, la privilégiée du cœur et de l’esprit, apeurée par ces maladroits ;
Vincent, qui guette pour frapper ;
Valérie, au père suicidé le jour de la rentrée, et qui sourit toujours ;
Claudine la mince, la tranquille ;
Stéphane le parfait ;
Kamel, qui ne sait pas parler à plusieurs personnes à la fois ;
Éric, d’une franchise de faucille ;
Claire, que j’ai déçue : « Si tu t’énerves, toi aussi... » ;
Sandrine, qui a passé sa main devant mon visage, comme on désembue une vitre, quand je rêvais ;
et ceux qui sont heureux d’être oubliés.

De toute ma présence, j’allège cet échafaudage de consciences nues.
Les plus faibles sont dessous.
Et chaque soir, je suis, pendant un instant, comme une cage vide dont la porte bat.

Daniel Biga présentait ainsi Guy Bellay dans Gare maritime, revue de la Maison de la Poésie de Nantes, en 2004 : « La poésie de Guy Bellay ne se conçoit qu’en relation immédiate avec l’émotion. Autrement “À quoi bon ?“ Cette œuvre importante, discrète, acérée, lumineuse comprend à peine 4 recueils. 4 minces livres en 40 ans. Soit un tous les dix ans ! […] Une œuvre refusant tout apparat, si honnête, si sobre, si pudique, si éloignée des mondanités – même des plus innocentes ! – qu’elle est méconnue de beaucoup. Et elle aurait pu même passer inaperçue (nous en connaissons d’autres exemples) si quelques vrais amateurs de la poésie nécessaire n’avait su la reconnaître à sa valeur juste, c’est-à-dire parmi les essentielles. »

De Pierre Perrin :http://ppcritique.free.fr/bellay.php
http://www.babelio.com/livres/Bellay-Les-charpentieres/419465

Bernard Bretonnière

 

A Charles Dobzynski

La disparition de Charles Dobzynski ne peut que bouleverser tous ceux qui ont la poésie au coeur.

Je ne redirai pas ici son exceptionnel parcours dans l'histoire littéraire de notre époque - son amitié par exemple avec Aragon, Eluard, Hikmet, Neruda - je veux saluer l'homme d'une générosité immense qui n'eut de cesse de prêter son attention à tous les poètes, en lecteur attentif et inlassable, à l'esprit ouvert et, j'en suis témoin, enthousiaste jusqu'à ses derniers jours.

Pour qui veut le retrouver ou le connaître, tel qu'il était, l'esprit ardent, l'âme fervente, on ne peut que conseiller de lire ou relire, parmi les livres les plus puissants de son oeuvre multiple : Je est un juif et Ma mère, etc, éd. Orizons. La conclusion de ce dernier livre ? :

"La langue que je parle n'est pas morte,
Sa source est l'alphabet de l'univers"

 Jean-Pierre Siméon,
directeur artistique du Printemps des Poètes

 


 

Lire l'hommage à Jean Metellus, des éditions du Temps des Cerises .

"Jean Métellus vient de mourir ce samedi 4 janvier. On le savait malade depuis plusieurs années, mais son décès est intervenu brutalement.

Né en 1937 à Jacmel, Jean Métellus avait quitté Haïti en 1959, sous la dictature de Duvalier, pour venir en France où il a fait des études de linguistique et de médecine.

Il a mené parallèlement sa carrière de neurologue, spécialiste des troubles du langage et son œuvre d’écrivain. Jean Métellus était poète, romancier et essayiste.

C’est d’abord comme poète qu’il s’est fait connaître, avec son recueil, Au pipirite chantant, publié en 1978, par Maurice Nadeau. Il a écrit plusieurs romans, dont la saga des Vortex (chez Gallimard et Messidor).

Il a écrit pour le théâtre. Antoine Vitez avait ainsi programmé sa pièce, Anacaona, en alternance avec Molière.

Ces dernières années, Jean Métellus avait aussi écrit des essais, notamment sur l’aphasie, et sur Haïti dont il a analysé le drame avec beaucoup de lucidité.

Mais il est resté toute sa vie fidèle à ce chant d’espérance qu’était pour lui la poésie et à son engagement humaniste et progressiste.

Ses poèmes ont été traduits dans différentes langues. Et son œuvre avait fait l’objet ces dernières années d’une reconnaissance méritée. Il avait ainsi notamment reçu le Prix Léopold Sédar Senghor (en 2006) et le Grand prix de poésie de l’Académie française (en 2010).

Les éditions Le Temps des Cerises, dont il fut un ami fidèle et un des principaux auteurs, ont publié son roman L’Archevêque, son récit Toussaint Louverture le précurseur, (dont la parution était annoncée pour le mois d’avril) et plusieurs de ses recueils (Voix nègres, voix rebelles, Visages de femmes et le livre CD Voix libres, avec Tania Pividori).

Toute l’équipe de la maison d’édition adresse à sa femme Anne-Marie, à ses enfants et ses proches les pensées les plus fraternelles."

 

 


Nous avons appris avec une profonde tristesse la disparition accidentelle de François Christophe, réalisateur à France Culture. Il était à mes côtés la cheville ouvrière de la série Géographie du poème consacrée à la poésie vivante à travers le travail des petits éditeurs. La mort de ce grand professionnel de la radio est une grande perte et un crève-cœur : j’ai pu mesurer en travaillant à ses côtés, outre son immense humanité, simple et souriante, l’intelligence avec laquelle il servait les textes, son profond respect de la langue des poètes et son art incomparable à unir dans un ton juste le poème, la voix des comédiens et l’écho musical toujours choisi avec délicatesse. La poésie perd avec lui un de ses rares serviteurs convaincus dans le monde souvent indifférent des médias.


Jean-Pierre Siméon


Le poète Jean-Vincent Verdonnet s'est éteint le 16 septembre 2013

Nous vous invitons à relire son oeuvre.

 


à Valérie Lang

Comédienne, elle aimait lire des poèmes et a participé avec plaisir à l'aventure du Printemps des Poètes. Sa disparition nous attriste. Toutes nos pensées affectueuses vont à Monique et Jack Lang.


Jean-Pierre Siméon et son équipe

 


HOMMAGE à Maurice Nadeau

Ecrivain, critique, éditeur, directeur de La Quinzaine littéraire, cet ami des écrivains et des poètes s'est éteint à l'âge de 102 ans.

 

Maurice Nadeau par Gérard Noiret

Choses qui font battre le coeur


Sous les photos de Flaubert et de Kafka, le « Dites que je suis en province » adressé à Anne bien embêtée d’avoir à répondre au téléphone et gardant une main prudente sur le combiné. Le présentateur vedette invitait Maurice pour la deuxième fois de la journée à son émission télévisée.
A la fin du comité qui risquait fort d’être le dernier, la demande que nous nous lisions les manuscrits des auteurs « qui lui avaient fait confiance ». L’émotion contenue sur les chaises. Le lendemain, Maurice était hospitalisé, à plus 90 ans pour une opération touchant à l’artère fémorale.
La bouche ouverte et les mains levées pour mimer ce que ressentaient les interlocuteurs d’André Breton, frappés par ses yeux bleus.
Les longues mains qui prenaient les doigts de celui ou de celle à qui il voulait dire son estime.
La modestie avec laquelle il minorait son rôle dans l’affaire du Manifeste des 121. La compréhension aussi à l’égard de ceux qui avaient hésité ou même refusé.
Le grand corps amaigri montant à 100 ans l’escalier de meunier de notre maison d’Argenteuil pour découvrir les toiles de l’artiste qui allait arriver « Tu ne crois pas que je vais manger avec un peintre sans avoir vu ce qu’il fait ».
Le fauteuil qui restera vide.
Sous la photo de Queneau, les grosses bretelles, la cravate et la chevalière du dandy, lors de la fête annuelle de La Quinzaine ; du dandy à moustache ignorant la question de l’âge.
La seconde de silence avec l’expression du visage mimant une suffocation pour exprimer le choc qu’avait été la lecture de Faulkner.
L’évocation d’André Breton qui mangeait « à cette table-là » et « qui m’a assassiné pour mon Histoire du surréalisme sans que ça l’empêche de me dédicacer ses œuvres à grand renfort de flatteries ». Puis, au gré des associations, les ombres de Limbour, de Perec, de Barthes… dans ce restaurant mal éclairé proche de la rue Vieille-du-Temple.
Dans l’appartement sans ascenseur de la rue Malebranche, les gestes qui montrent les photos (de ses proches, de Pascal Pia), les livres en pile, « j’ai renoncé », la bibliothèque où sont classées les œuvres qu’il publiées, les piles de livres encore et peut-être… un chat. Puis dans l’une des pièces où les pas sur le parquet reviennent forcément à leur point de départ, l’invitation à s’asseoir pour prendre un dernier verre.
Sous les photos de Michaux de Baudelaire, le « C’est encourageant » plusieurs fois prononcé avant que se termine ce qui restera son dernier comité.

 

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