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centre national de ressources pour la poésie  

Nous avons été nombreux à nous mobiliser pour essayer d’arracher à la mort le poète palestinien Ashraf Fayad, condamné le 17 novembre dernier, en Arabie saoudite à la peine capitale pour avoir tenu des propos jugés “destructeurs” dans un café et publié des poèmes qualifiés d’athées.
Mardi 2 février 2016, la Cour d’appel a finalement décidé de commuer sa peine en huit ans de prison et 800 coups de fouets !


Cette décision est un premier recul important. Cela nous encourage à poursuivre notre action afin d’exiger qu’Ashraf Fayad ne subisse pas ce sort atroce et qu’il soit libéré.
Le recueil de ses poèmes choisis et traduits par Abdellatif Laâbi va contribuer à faire découvrir aux lecteurs français la voix singulière et forte de ce jeune poète, né en 1980 à Gaza. Ashraf Fayad, dans une poésie d’une grande qualité d’écriture et d’une inspiration tout à fait contemporaine parle de la condition des réfugiés, de l’exil, d’un monde où le pétrole est le seul vrai dieu, avec une vraie verve satirique. Mais sa poésie touche aussi au plus intime, l’amour, les angoisses devant la perte, la mort, l’absence.
coédition Le Temps des Cerises / La Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne

Bon de commande du livre

 

Le poète palestinien Fayad Ashraf a été condamné à mort pour "apostasie" par des juges d'Arabie Saoudite.
Né en 1980 à Gaza, ce poète palestinien vit depuis de nombreuses années en Arabie Saoudite. Poète et artiste, il a représenté l’Arabie saoudite à la Biennale de Venise en 2013.
En août 2013, il est arrêté sur le soupçon de blasphème. Mais il est relâché le lendemain.
En janvier 2014, il est à nouveau arrêté. Il est lui est notamment reproché d'avoir publié un recueil de poèmes en 2007, "Instructions internes", qui contiendrait des poèmes athées. Et, sur la foi d’un seul témoignage, d’avoir tenu des propos athées dans un café d’Abha. O lui reproche de prôner des idées « destructrices » et de corrompre la jeunesse.

Il aurait aussi enfreint la loi sur la cybercriminalité car on a trouvé dans son téléphone des photos de femmes (ses amies).
Il est alors condamné à quatre ans de prison et 800 coups de fouets ; mais le tribunal ne retient pas l’accusation d’apostasie dont il se défend.
La Cour d’appel considérant que le repentir ne suffit pas et que le pardon ne peut être accordé que par Dieu, décide alors de le renvoyer devant le Tribunal général d’Abha.
Celui le condamne à mort par décapitation le 17 novembre dernier.
Depuis son arrestation, on lui a retiré sa carte d’identité et il n’a pas pu s’entretenir avec un avocat. (Il avait jusqu’au 17 décembre pour faire appel).

Journée internationale de solidarité afin d’exiger
Vie sauve et liberté pour Fayad Ashraf

le 14 janvier 2016 à 12h à Paris au Théâtre des Abesses
(31 rue des Abesses, 75018) mais également à Paris, Marseille, Strasbourg...)

Mobilisons nous avec Juliette Binoche, Tahar Ben Jelloun, André Velter, Tahar Bekri, Abdellatif Laâbi

entrée dans la limite des places disponibles

 

La soirée de soutien à Fayed Ashraf à la Maison de la poésie
lundi 14 décembre 2015 a fait salle comble.

 Lire l'article de Tahar Ben Jelloun dans 360


 Quelques poèmes de Fayad Ashraf

Poèmes traduits de l’arabe par le poète marocain Abdellatif Laâbi extraits du recueil « Instructions internes », publié en 2007, chez Dar al Farabi, Beyrouth.)

Poèmes traduits par le poète tunisien Tahar Bekri Extraits du recueil Atta'limât biddâkhil (Instructions à l'Intérieur), ed. Al Farabi, Beyrouth, 2007)
 

Le remède


Tu démentiras toutes les informations
les revues de presse
les analyses des spécialistes
en dernier cri de la mode
Tu n’abuseras pas du sommeil
et du téléphone portable
Tu t’exerceras un peu
à la mort
Tu te débarrasseras de toutes les photos
que tu as gardées de ton enfance
de ton adolescence, de ta pauvreté
de ton ex-aimée
des contes de ta grand-mère
et de tes virées nocturnes
pour t’attaquer
à certaines prétendues vertus
Tu utiliseras de l’eau chaude pour ta douche
et te laveras les pieds
chaque fois que tu ôteras tes chaussettes
Tu feras tiennes les expériences
de ceux qui viendront après toi
Tu écriras ton nom à l’envers sur le miroir
Tu mangeras avec la main droite
et laisseras le reste
à ceux qui méritent plus que toi
ta bouchée trempée dans
le pétrole


 


Logique


La vieille porte
applaudit le ballet du vent
avec les arbres
La vieille porte
n’a pas deux paumes
et les arbres
n’ont pas été
au conservatoire
Le vent est un être invisible
même quand il danse
avec les arbres


Corbeau volant sur deux bâtons


Dieu était sur son trône
écoutant les contre-louanges
et te punissant sans discontinuer
pour ton vol suspect
au-dessus des cadavres parfumés
Dieu sur son trône
Il a créé l’oiseau
et lui a appris à voler
à quérir sa nourriture
Il lui a appris
à chuter
toutes les chutes
interdites et permises

 

Dieu sur son trône
Et tu essaies maintenant
de réparer tes ailes
Tu es là
à apprendre une autre leçon :
ce qui t’a échappé
de ce que font les oiseaux
et de ce que l’on peut récupérer
d’un plumage ingrat
que l’eau n’a pas trop mouillé
Dieu sur son trône
Il te prive de la faculté de voler
pour que tu ne puisses pas
regarder à la dérobée
les terrasses des villes
peu habituées à ton envol
et pour que les cordes à linge
ne soient pas souillées
par tes crottes

 


Autre forme du cœur


Fais sonner la cloche
et débarrasse ton hiver
de ta triste chanson
Le disque repasse
et le magnétophone
ne souffre pas de l’humidité
« My funny Valentine » repasse
Le saint au cœur percé d’une flèche
chante
Le saint chante et prie Dieu
de nous prémunir de tout mal
Dieu nous aime
Dieu nous éprouve
nous use
et nous demande des comptes
Il nous châtie
et parfois nous pardonne
Dieu, j’implore ton pardon
Je l’implore aussi pour toutes les femmes
et les amoureux, tous

Du mérite du pétrole sur le sang

 

Sache Que Dieu te protège

Que le pétrole s'est répandu et que son utilisation est notoire

Et le pétrole... comme on dit a des bienfaits pour les humains

 

O vous qui errez

Votre errance est célèbre à travers les pays

Vous avez échoué

Les moyens pour sauver l'âme se sont séparés

Du néant qui se propage entre vos côtes

 

Ton sang muet ne dira pas mot

Tant que tu te vantes de la mort

Et tu affirmes secrètement que tu as confié l'âme à celui qui ne la comprend pas

La perte de l'âme exige un temps qui ne suffira pas

Pour consoler tes yeux effrayés de ce qu'ils ont coulé comme pétrole

 

Tu trembles maintentant

Prends ce qui est possible de ton sang

Afin de remplir le ventre de l'exil

 

Afin de retenir le pétrole de ceux qui dressent

Leur intention de s'opposer à ton âme

Afin de demander pardon à l'eau du fleuve

Et t'excuser à haute voix à ton sang qui s'infiltre en son sein

 

Avec le pétrole tu résistes

Et tu ouvres ce qui se ferme comme soutiens-gorges.

Afin de sucer les cerises et ce qui les avoisine

Profiter de l'humidité entre les cuisses

Et le plaisir béni autour

 

Et quoi après ?

Maintenant que tous les apostats ont accroché la pioche à ton épaule ?

Et qu'il a été dit que tu t'es aventuré avec des sangs qui ne peuvent calmer le désir

Que tu as poursuivi d'imploser les bars avec le mal de la gaieté

Pour boire un verre gratuitement

 

Gracieusement

Des paroles avortées

Un paquet de cigarettes utilisé

Une boite dans laquelle ta mère a jeté ton cri

Pour que la mer te rejette sur le bord d'une peur d'un genre auquel tu n'es pas habitué

Où l'orage t'a engagé à féconder le nuage

Pour enfanter une pluie qui n'essuie pas la honte de la peur du fleuve qui dort dans les bras de la déception

 

Les bulles noires de pétrole

Se promènent parmi tes cellules

Réparent ce que ta nausée

N'a pu t'en libérer

 

Le pétrole n'a de mal ni de dégât

Que l'atmosphère polluée par la pauvreté qu'il laisse

Le jour où noircissent les visages de ceux qui découvriront un autre puit

Où l'on soufflera dans ton coeur... pour que ton âme ressuscite pétrole utilisé pour les affaires publique

Telle est la promesse du pétrole

La promesse du pétrole est effective

 


Amnistie


Au-dessous de la ligne du silence
les moustiques sont très agaçants
On dirait qu’ils s’adonnent
au trafic du sommeil
dans ta cellule de prisonnier
comme si ta façon de dormir
était une violation flagrante
des accords de Genève
et autres traités internationaux

Retiens-toi
Tu ne peux pas pisser ici
Danse un peu
sautille
et trouble
la gravité des funérailles
Gare !
Le café aussi
est un diurétique

Je suis debout, tout nu
chaque jour
sans Jugement dernier
sans que personne
ne souffle dans le cor
car je suis d’avance
ressuscité
Je suis l’expérience de l’enfer
sur la planète Terre !
La terre
cet enfer apprêté pour… les réfugiés
 

Poème de soutien par Taja Kramberger

Taja Kramberger née en Slovénie 1970, poète et enseignante/chercheuse universitaire, exilé de Slovénie en octobre 2012, actuellement vit et travaille à Paris.

La liberté des tyrans

I.
Arracher l’homme
à ses bien-aimés : à ses tout amour
radier les coordonnées
d’où il combat la spirale de tramontane
et l’invasion soudaine de la bêtise.

L’écorcher vivant jusqu’aux os,
siphonner (’accaparer de) son suc vital,
par legs,
se faire attribuer ses reliques.

Auparavant,
tant qu’il est vivant,
le rouler dans la boue,
susciter la catalepsie générale
pour faire s’évanouir l’intrépidité du prononcé
et dissimuler la signification de l’entendu.

Le faire brûler sur le bûcher de l’Académie
qu’accompagne le rire creux
des mannequins mécaniques
questionnant les étudiants
en leur imputant leurs
propres fantasmes malsains.

Après l’autodafé,
avec un sourire maîtrisé
se mettre un plaid blanc
et annoncer un commencement neuf,
meilleur et si beau.

Le corps peut faire tout.
La raison et l’esprit
peuvent tout faire.

Si seulement on en a un ou les deux.

II.
Arracher l’esprit d’un corps d’homme:
interdire ses livres,
présenter ses pensées comme des projectiles
cérébraux dangereux,
y coller le stigma paranoïaque.

Hachurer l’œuvre
péniblement extraite de lui-même, lui cracher dessus,
pour que, derrière lui,
il ne reste que
quelques empreintes de pied
confuses dans la neige.

Fouler aux pieds aussi celles-ci !

Effacer ses acquis,
pour qu’il n’en reste aucun appui,
aucune preuve, même absente,
de son existence.

Aucun appui
inquiète quiconque
voudrait encore,
dans ses intimes recoins,
penser, créer ou vivre.

Devant la nôtre
se trouve la liberté des tyrans.
Là où nous qui aimons la liberté
nous attendons le rire et le cri de la vie.

Même la mort recule silencieusement devant elle.

© Taja Kramberger, Z roba klifa [Du bord de la falaise], CSK, Aleph, Ljubljana, 2011, traduit en français par Drago Braco Rotar, 2011 (relecture aimable du texte française par Gaston Bellemare)

 


 

 

 

 

 

 

 

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