Quand on meurt, c’est la tête qui part en dernier. Il l’avait entendu dire et aussi que, quand on est mort de partout, c’est par là qu’on meurt pour finir. On lit dans les livres d’église qu’il y en a même eu un que son âme s’est échappée du cercueil pour s’envoler comme un ballon !
Il pensait dur dans sa tombe à égaler cet exploit, retenant son dernier souffle de toutes ses forces pour ne pas le lâcher avant le bon moment. Les fossoyeurs, eux, pelletaient ferme au-dessus pour sauver le vieux record du monde en bouchant tous les trous afin que même un soupçon d'âme ne puisse foutre le camp.
C’est alors qu’il pensa à sa femme, allongée à ses côtés entre ses quatre planches, qu’il était venu rejoindre comme ils se l’étaient promis toujours. Elle l’attendait, patiemment. Il lui dit « bonsoir », comme d’habitude, et s’endormit, imprudemment.
Pour l’éternité… Pour l’éternité…
Les fossoyeurs, là-haut, s’essuyèrent le front.
Poème publié dans l'anthologie Une salve d'avenir. L'espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004