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Poète d'aujourd'hui

Roussel Alain


Biographie

Alain Roussel est né en 1948, à Boulogne-sur-Mer. Après Arles, Bordeaux, Marseille et Paris, il vit aujourd’hui à Rennes. Il a publié une trentaine de livres ou plaquettes. Sa démarche est essentiellement d’ordre poétique, que ce soit dans les livres en prose qu’il a publiés chez Lettres Vives, Cadex, les Deux-Corps et le Réalgar, dans les récits (éditions Apogée, Plasma et la Clef d’argent) ou dans les essais (Le Cadran Ligné et la Différence). L’humour est souvent présent dans son œuvre. Par ailleurs, il publie régulièrement des notes de lecture sur En attendant Nadeau, dans la revue Europe et sur son blog, Passager clandestin de la pensée.

Bibliographie

Rétropoèmes, Inactualité de l’orage (1978).
Les Aventures d’Aluminium, Inactualité de l’orage (1979).
Le Texte impossible, Inactualité de l’orage, 1980.
La Lettre au petit homme noir, Plasma (collection en dehors), 1983.
Le Temps d’un train, Inactualité de l’orage (1983)
La Légende anonyme, Lettres vives, 1990.
Il y aura toujours des gardiens de phare, Poiein (1992)
Fragments d’identité, Lettres vives, 1995.
L’Ordinaire, la métaphysique, Cadex, 1996.
Rite pour l’aurore, Lettres vives, 1998.
Somnifère d’indien, Wigwam, 1999.
La Poignée de porte, Cadex, 1999.
Sans commentaire (avec Christian Hibon), La Clef d’argent (2000)
L’œil du double, Lettres vives, 2001.
Ils, Cadex, 2003.
La Voix de personne, Lettres vives, 2006.
Le Récit d’Aliéna, Lettres vives, 2007.
La Vie privée des mots, La Différence, 2008.
Que la Ténèbre soit ! La clef d’argent, 2010.
Le Gardien des voyages, Pièces à conviction (2010).
Chemin des Équinoxes, Apogée (2012)
Petit manuel du savoir-vivre en une seule leçon, Le Cadran ligné (2012)
Ainsi vais-je par le dédale des jours, Lieux-dits (2013)
Le Labyrinthe du Singe, Apogée (2015)
Le Boudoir de la langue, avec des dessins de Georges-Henri Morin, Pierre Mainard éditeur (2015)
Un soupçon de présence, Le Cadran ligné (2015)
Le Livre des évidences, avec des encres de Georges-Henri Morin, éditions des Deux Corps (2016)
La Phrase errante, éditions le Réalgar (2017)

Actualité
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Extrait
Un soupçon de présence, éditions du Cadran ligné (2015) :

J’écris. En même temps, je regarde par la fenêtre. Devant moi, un arbre en bourgeons. Un oiseau s’est posé sur une branche. Je ne connais pas son nom. Sa vie rencontre la mienne dans une sorte de fulgurance, le temps d’un regard. Il est là, je suis là. Ma présence s’interroge dans sa présence. Dans la solitude de toute vie, quoi qu’on dise, il est mon frère d’un moment. Peut-être la métaphysique est-elle de son côté, lui qui n’interroge rien. Qui sommes-nous ? Des fragments d’une phrase infinie qui nous roule dans son rythme et dans son déploiement, temps et espace.

L’oiseau est réel. C’est du moins ce que je voudrais croire. J’y mets même une sorte d’obstination, comme s’il y allait de ma vie. L’enjeu, il est vrai, est d’importance. Si l’oiseau est réel, je suis réel, moi qui le regarde, qui peux même l’entendre si j’ouvre la fenêtre. Ma propre existence dépendrait donc de cette boule de plumes grisâtres d’où s’extirpe, avec plus ou moins d’élégance, une tête agitée au regard fuyant. C’est un prétexte, je vous le concède. Si l’oiseau n’existait pas, je chercherais ma preuve dans une pierre, un arbre, la pluie, que sais-je, peut-être ma main avec laquelle j’entretiens une relation équivoque : elle fait partie de mon être, elle est en moi, et en même temps elle m’appartient, elle est à moi, intimité et distance. Le monde sait ainsi se rendre indispensable. S’il n’existait pas, je n’existerais pas. Et si je n’existais pas ? Le monde aurait-il l’arrogance de continuer à exister sans moi ? Je le crains fort, hélas. Je ne suis pas sa préoccupation essentielle. Il me considère comme une anecdote dans son propre voyage. Comment pourrais-je lui opposer la force de mon néant ?

Le monde m’est accessible par mes cinq sens. La vue et l’ouïe, partiellement l’odorat, peuvent s’accommoder d’une certaine distance, et même la rechercher. Ils servent à guetter, épier, repérer une présence qui peut se révéler hostile. Ils déclenchent en nous une posture d’alerte. Réflexe ancestral, la pensée est sur le qui-vive. Qui vient là ? Avec le toucher, il est déjà trop tard pour fuir. Ce sera le corps à corps, le combat, peut-être la caresse. Quand le monde, du moins dans ce qu’il a de comestible, est à portée de bouche, le goût peut à son tour s’exercer et l’on commence à crier victoire. Les papilles entrent en action, recueillent les essences cachées des choses qui sont plus ou moins finement broyées, avant d’être avalées. La forme redevient magma, car seul le chaos est digestible, seule la matière indifférenciée permet la survie de l’espèce.

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