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Poète d'aujourd'hui

Franck André Jamme


Biographie

Né en 1947. Vit à Paris et aux Bordes, un village du nord de l’Yonne. Spécialiste des arts bruts, tantriques et tribaux de l’Inde contemporaine, il a participé à l’organisation d’une vingtaine d’expositions en France et aux Etats-Unis : Magiciens de la Terre au Centre Georges Pompidou en 1989, Azur à la Fondation Cartier en 1993 ou Korwa au Drawing Center de New York en 2000, sans oublier de réguliers accrochages depuis dix ans à la Galerie du Jour/Agnès b. Paris. Également traducteur, des poètes Lokenath Bhattacharya, Udayan Vajpeyi et John Ashbery.

Bibliographie

  • Nouveaux exercices éd. Virgile/Ulysse Fin de Siècle, 2002
  • Encore une attaque silencieuse, éd. Unes, 1999
  • L¹Avantage de la parole, éd. Unes, 1999
  • Un Diamant sans étonnement, éd. Unes, 1998
  • De la multiplication des brèches et des obstacles, éd. Fata Morgana, 1993
  • Bois de lune, éd. Fata Morgana, 1990
  • Pour les simples, éd. Fata Morgana, 1987
  • La Récitation de l'oubli, éd. Fata Morgana, 1986
  • Absence de résidence et pratique du songe, éd. Granit, 1985
  • L'Ombre des biens à venir, éd. Thierry Bouchard, 1981

    A aussi publié une soixantaine de petits tirages, le plus souvent illustrés par des peintres, ces dernières années avec Monique Frydman, James Brown, Marc Couturier, Suzan Frecon, Jaume Plensa, Valérie-Catherine Richez, François Bouillon, Marcel Miracle, Yang Jiechang, Acharya Vyakul, Jan Voss, Jean-Luc et Titi Parant, Virgile Novarina.

    À paraître en 2004 :
    chez Flammarion, La Récitation de l’oubli,regroupant trois titres épuisés
    chez Melville éditeur, Extraits de la vie des scarabées
    chez Virgile/Ulysse Fin de Siècle, une nouvelle traduction d’un des Three Poems de John Ashbery.

    Maître d’oeuvre des Oeuvres complètes de René Char, 1983, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.

    Livres en anglais : Moon Wood (Sélavy Press, New York, 2000, traduction de David Kelley & Jean Khalfa), Extracts from the Life of a Beetle et The Recitation of Forgetting (Black Square Editions, New York, 2000 et 2003, dans des traductions de Michael Tweed et John Ashbery).

    Collaboration avec les musiciens (Frank Royon Le Mée , Claire Renard pour l'Œopéra Col Canto, Steve Lacy ) et les comédiens (Michael Lonsdale, François Marthouret, Les Souffleurs).
    Fréquentes lectures (Beaubourg Paris, CIP Marseille, St Mark’s Church New York, Bard College USA, Trinity College Cambridge GB...).

    Présent dans les anthologies :
  • La Poésie française du vingtième siècle, Albin Michel, 1988
  • 120 poètes d’aujourd'hui, CNL, 1992
  • The New French Poetry, Bloodaxe Books GB, 1996
  • Noir sur blanc, Biennale/Fourbis, 1998
  • Orphée Studio, Poésie/Gallimard, 1999
  • Poé/tri, Autrement, 2001
  • Un certain accent, L'Atelier des Brisants, 2002
  • The Yale Book of French Poetry, Yale University Press USA, 2004.

    À propos de son travail, on pourra consulter deux entretiens (avec Xavier Person, dans Le Matricule des Anges n° 24, octobre 1998, et avec François Lallier, dans Bourgogne côté livres n°11, octobre 1998 ) et deux études Cette énergie de parole, par Claude Adelen, in L'Émotion concrète; éditions Compact, 2004 , et Une profession des faits, par Renaud Ego, in Pluralités du poème, huit études sur la poésie contemporaine, Prétexte éditeur, 2003.

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    Actualité

    Autres parutions présentées sur ce site

    Mantra Box Conférence (2011)
    Au secret Editions Isabelle Sauvage (2010)
    Mantra des anxiétés et des cinq nuisances Le Préau des collines (2008)
    De la distraction de Franck André Jamme et Virgile Novarina Virgile/ coll. Ulysse fin de siècle (2005)
    Métamorphose Médiathèque du Pays de Cahors (2005)
    La récitation de l'oubli Flammarion (2004)
    Extraits de la vie des scarabées Melville éditions/ Editions Léo Scheer (2004)

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    Extrait
    Extraits de La vie des scarabées
    (Melville éditeur, 2004)


    Alors ouverture des portes.

    À l’aube.

    S’il le fallait, il était vraiment capable d’insister.

    Même si elles étaient déjà ouvertes. Aucune importance.

    Et il disait que tout était soluble dans l’air des jours. Que tout s’y dissolvait.

    Tendait l’oreille, percevait de plus en plus clairement que cert ines choses de nature disons délicieuse n’étaient au fond là que pour nous épargner.

    Ça ne ferait qu’une chance de plus.

    Se demandait si cela signifiait que la moindre insurrection était interdite.

    Il chantait ses listes : Les baguettes qui tremblent, les pressentiments des animaux, les curiosités de la pensée, l’ineffable puissance de la brume, les cheveux qui s’embrouillent ‹ et si on les coupe, il en sort du sang.

    Car il aurait pu tout tracer, tout colorer encore des milliers de fois.

    Ou ce que pouvait bien penser le fleuve, au bout du compte, de sa propre fin.

    Que certaines choses de nature disons favorable n’étaient au fond là que pour voiler le gouffre de forces chaotiques qui suivait le moindre de nos pas aussi sûrement que notre ombre.

    Jamais de la même façon.

    Que tout était soluble dans l’eau des mots.

    Tout s’y perdait.

    Se demandait si cela signifiait que la moindre révolte était vaine.

    Marchait. De plus en plus effaré. Commençait à distinguer la petite cabane, au loin, qui ne devait pas être plus grande qu’une niche de chien et que tout le monde dans la région appelait pourtant "le palais de la possession", il n’avait jamais su vraiment pourquoi, même s’il avait parfois entendu dire par certains qui l’avaient visité qu’à l’intérieur il n’y avait en fait rien. Du tout. Que la possession.

    De ce lieu où le fleuve se noyait dans la mer, clairement.

    Savait aussi que le puits de lumière oublié qui dormait au fond du langage pouvait très bien être considéré, après tout, comme un leurre. Et en se disant "leurre", il voyait effectivement un appât.

    Ou ce long friselis qui passait si près de la barque, la doublait, puis tout à coup se retournait pour se diriger droit vers nous, lentement, à contre-courant, et nous nous disions soudain qu’il devait y avoir là-dessous quelque chose comme un présage, non? Mais de quoi ?

    Est-ce que la brume, dans l’esprit, aiguisait plutôt le regard du monstre ?

    Ou la faveur ?

    Il aurait pu se rappeler, par exemple, qu’il arrivait à l’homme de franchir le seuil de n’importe quelle chambre avec le présent battant dans ses mains, rouge, toujours lentement, nu ou presque.

    Se demandait si cela signifiait que le tragique s’était peu à peu mué en un imperceptible brouillard, presque invisible complètement.

    Tandis que les yeux de l’autre, nue ou presque elle aussi, ne reflétaient plus soudain qu’une très sûre variété de réel.

    Il chantait ses listes : "L’art de faire face à l’extase sans broncher, le vacillement du monde, les mélanges de nonchalance et d’esprit de perfection, le redéploiement des énergies soi-disant perdues, les histoires peu ordinaires qui venaient échouer parfois dans certains esprits".

    De ce lieu où il s’approchait enfin de plus vaste que lui.

    L’air était tellement transparent maintenant, derrière la brume, si peu occupé à rien d¹autre, si peu pris par cacher, par grimer, que le premier témoin venu aurait bien pu n'y voir que l¹air lui-même, seul enfin, juste en train de passer.

    D’errer.

    Et la possession, évidemment.

    Car le monstre finissait toujours par vomir d’horribles bagues liées les unes aux autres, des anneaux de déchets que personne n’avait en fait jamais pu désigner et qui ne portaient donc pas le moindre nom.

    Passer ou filer ou glisser en silence vers la pluie de lumière qui dormait au bout de la langue, l’oubliée elle aussi, pourquoi pas ?

    Ou bien ils ne reflétaient plus, les yeux de l’autre, que la variété de réel au fond la moins bavarde, la plus simple. Quand on se noyait, mais de joie. Quand on devenait enfin la chose plus grande que soi.

    Si fine était son attention, allez savoir, et la surface du monde tellement semblable, tellement uniforme. Souvent le même clapotis, la même houle ou presque, même couleur.

    Alors ouverture des portes, bien sûr.

    À l’aube surtout.

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