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Retrouvailles

Aimé Césaire


Biographie

Photo ©AFP ERIC FEFERBERG

Aimé Césaire est né le 25 juin 1913 à Basse-Pointe, en Martinique. Il est mort le 17 avril 2008 à Fort-de-France.

Poète, dramaturge et homme politique, il a joué a joué un rôle considérable dans la prise de conscience des intellectuels noirs d'Afrique et des Caraïbes. Il a établi avec Léopold Sédar Senghor, le concept de "négritude".

Sa poésie, saluée notamment par Jean-Paul Sartre et andré Breton (un "grand moment lyrique de ce temps...) est aujourd'hui mondialement reconnue.

Dossier complet du journal Monde daté du 17 avril 2008 sur www.lemonde.fr

Extrait d'une rencontre avec Aimé Cesaire.
Propos recueillis par Francis Marmande, Article paru dans l'édition du 17.03.06. :

"Le mot "nègre" était insultant.
Mais ce n'est pas nous qui l'avions inventé. Un jour, je traverse une rue de Paris, pas loin de la place d'Italie. Un type passe en voiture : "Eh, petit nègre !" C'était un Français. Alors, je lui dis : "Le petit nègre t'emmerde !" Le lendemain, je propose à Senghor de rédiger ensemble avec Damas un journal : L'Etudiant noir. Léopold : "Je supprimerais ça, on devrait l'appeler Les Etudiants nègres. Tu as compris ? Ça nous est lancé comme une insulte. Eh bien, je le ramasse, et je fais face." Voici comment est née la "négritude", en réponse à une provocation.

Dans quelles circonstances avez-vous rédigé votre Cahier d'un retour au pays natal ?
Regardez cette photo. Petar Guberina ! Un soir de 1935, je rentre à la Cité universitaire. Je reviens du théâtre : Giraudoux, joué par Jouvet, je n'allais pas rater ça ! Je traîne, librairies, bouquinistes, je n'ai plus un sou. A la cantine, je prends, je ne sais plus, quelques traces de tomates. Alors la serveuse me dit : "Vous ne mangez jamais de viande ? Vous n'avez pas d'argent ? - Non, mademoiselle, ce n'est pas une question d'argent, c'est une question de philosophie : je suis végétarien." Grand éclat de rire derrière moi ! C'est ce beau type, assez sombre de peau, Petar Gubarina : "Moi aussi, je suis végétarien, pour la même philosophie !"

On devient copains, les meilleurs du monde. Comme à Senghor de l'Afrique, je lui parle du monde slave. Il s'aperçoit à sa grande stupeur que je sais beaucoup de choses sur son pays. J'apprends quelques mots de croate, écoutez... je les sais encore.

A son retour chez lui, il me télégraphie : "Aimé, qu'est-ce que tu fous à Paris ? Tu t'emmerdes, c'est l'été, viens me voir à Zagreb." Je n'ai pas un sou pour retourner en Martinique, et ce fou m'invite en Croatie. Bref, je prends le train. Au bout, sur le quai, sa famille me réserve un accueil extraordinaire. Les paysages, le découpé de la côte, l'exil, la mer, tout me rappelle la Martinique. Et du troisième étage de la maison, devant un paysage de splendeur qui me rappelait le Carbet, j'aperçois une nuée d'îles : "Petar, regarde celle-là : c'est ma préférée, comment s'appelle-t-elle ? - Martiniska ! - Mais alors ! c'est la Martinique, Pierrot !" Autrement dit, faute d'argent, j'arrive dans un pays qui n'est pas le mien, dont on me dit qu'il se nomme Martinique. "Passe-moi une feuille de papier !" : ainsi commencé-je Cahier d'un retour au pays natal.

Vous êtes fier de votre action politique ou de votre oeuvre poétique ?
Elles vont ensemble. Pendant les conseils municipaux, je m'absentais : pas physiquement, bien entendu, mais pour écrire en secret. Un beau jour de vacances, j'extirpais les papiers de ma poche, c'était un poème. Ma poésie est née de mon action. Je n'ai jamais voulu faire une carrière poétique, en demandant aux gens qu'on me foute la paix pour créer. Non : écrire, c'est dans les silences de l'action."

(fin de l'extrait, retrouvez l'intégralité de l'entretien sur www.lemonde.fr)

Bibliographie

Poésie

  • Les armes miraculeuses, commenté par Pierre Laforgue Gallimard, 2009
  • Le Grand Camouflage, Seuil, 2009
  • Cent poèmes d'Aimé Césaire, Omnibus, 2009
  • Cent poèmes d'Aimé Césaire, édition établie par Daniel Maximin, Omnibus, 2009
  • Cadastre suivi de Moi, Laminaire... , Seuil, 2006
  • Anthologie poétique ed. imprimerie nationale, 1996
  • Tropiques, ed. jean-Michel Place, 1994
  • La Poésie, oeuvre poétique complète, ed. Seuil 1994
  • Oeuvres complètes, poésie, théâtre essais, ed. Desormeaux 1976
  • Moi, Laminaire ed. Seuil 1982 et Points Seuil 2006
  • Les Armes miraculeuses , ed. Gallimard, 1946 et Poésie-Gallimard 1970
  • Cadastre ed. Seuil 1961, 1982 et Points Seuil 2006
  • Ferrements , ed. Seuil 1960
  • Corps perdu (illustrations de Picasso), ed. Fragrance 1949
  • Soleil cou coupé ed. K 1948
  • Cahier d'un retour au pays natal ed. revue Volonté 1939, Bordas 1947, Présence africaine 1956, 1971

    Poèmes lus et chantés
  • Cadastre, lu par Jacques Martial Thélème, 2011
  • Cahier d'un retour au pays natal dit et chanté par Bernard Ascal EPM

    Théâtre
  • Une saison au Congo, ed. Seuil 1973, et Points n° P831
  • Une tempête, ed. Seuil 1969, et Points n° P344
  • La Tragédie du roi Christophe , ed. Présence africaine, 1963, 1970
  • Et les chiens se taisaient, ed. Présence africaine, 1956, 1989, 1997

    Essais
  • Premiers Pas pour une politique de la culture (en coll. avec Jacques Rabemananjar et Léopold Sédar Senghor), ed. Présence africaine 1968
  • Toussaint Louverture, la révolution française et le problème social,
    ed. Présence africaine, 1962
  • Lettre à Maurice Thorez, ed. Présence africaine, 1956
  • Discours sur le colonialisme, ed. présence africaine 1955, 1970

  • Hors série Le Point : la pensée noire, les textes fondamentaux, avril-mai 2009

    Apologie

    Aimé Césaire par Cécile Oumhani

    Hiver 1967-1968... Vingt ans après la parution de Cahier d’un retour au pays natal. J’ai acheté ce livre avec mes parents, lors d’une de ces journées que nous passions régulièrement à Paris... Lire la suite

    Voir la fiche "Poéthèque" de Cécile Oumhani

     

    par Denis Emorine

    Juillet 1978. J’avais vingt-deux ans. Contrairement à Paul Nizan, je laisserai sans doute dire que c’est le plus bel âge de la vie. J’étais étudiant en lettres modernes à la Sorbonne. Je n’affirmerai pas que ma vie a changé cette année-là mais j’ai appris ce que le mot «rencontre» signifie... Lire la suite

    Voir la fiche poéthèque de Denis Emorine

     

    par Daniel Maximin

    Aimé Césaire, dont l'envergure littéraire et politique en fait une des grandes figures du XXème siècle, est un homme de conviction, de création, de témoignage et de fidélité... Lire la suite  

    Voir la fiche poéthèque de Daniel Maximin


  • Actualité

    Autres parutions présentées sur ce site

    Cadastre, lu par Jacques Martial Thélème (2011)
    Les armes miraculeuses, commenté par Pierre Laforgue Gallimard (2009)
    Le Grand Camouflage Seuil (2009)
    Cent poèmes d'Aimé Césaire Omnibus (2009)
    Cadastre suivi de Moi, Laminaire... d'Aimé Césaire Seuil (2006)
    "Cahier d'un retour au pays natal" dit et chanté par Bernard Ascal EPM (0000)

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    Extrait
    Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile
    que je n’entende ni les rires ni les cris, les yeux fixés
    sur cette ville que je prophétise, belle,
    donnez-moi la foi du sauvage du sorcier
    donnez à mes mains puissance de modeler
    donner à mon âme la trempe de m’épée
    je ne me dérobe point. Faites de ma tête une tête de proue
    et de moi-même mon coeur, ne faites ni un père, ni un frère,
    ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,
    ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.

    Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie
    comme le poing à l’allongée du bras!
    Faites-moi commissaire de son ressentiment
    faites-moi dépositaire de son sang
    faites de moi un homme de terminaison
    faites de moi un homme d’initiation
    faites de moi un homme de recueillement
    mais faites aussi de moi un homme d’ensemencement

    faites de moi l’exécuteur de ces oeuvres hautes
    voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme-

    Mais les faisant, mon coeur, préservez-moi de toute haine
    ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine
    car pour me cantonner en cette unique race vous savez pourtant mon amour tyrannique
    vous savez que ce n’est point par haine des autres races
    que je m’exige bêcheur de cette unique race
    que ce que je veux
    c’est pour la faim universelle
    pour la soif universelle

    la sommer libre enfin
    de produire de son intimité close
    la succulence des fruits.

    extrait de « cahier d’un retour au pays natal »

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