"Au Printemps des Poètes, nous savons bien que la poésie n’a pas de saison. Si la preuve est faite que la manifestation de mars contribue de façon déterminante au retour de la poésie dans l’espace public, nous sommes décidés plus que jamais à l’inscrire dans une action au long cours.

Informer, conseiller, former, accompagner des projets, mettre en relation, promouvoir le travail des auteurs vivants, des éditeurs, des artistes, telles sont les tâches auxquelles nous nous dédions toute l’année.

Derrière chacune de nos initiatives, des convictions fermes : la création poétique contemporaine est riche de son extraordinaire diversité, elle est aussi le lieu où la langue est maintenue à son plus haut degré d’intensité et, en cela, elle incarne une objection forte aux démagogies régnantes. C’est au nom de ces convictions que l’équipe du Printemps des Poètes travaille jour après jour, à rendre la poésie disponible à tous."

Jean-Pierre Siméon
Directeur artistique du Printemps des Poètes
                                                                 


Un bref état des lieux

- 1 % du lectorat lit régulièrement de la poésie
- Abordée à l'école (principalement la récitation en cours élémentaire puis l'explication de textes), on la croise ensuite rarement sans une démarche volontaire personnelle.
- La poésie a peu de place dans les médias, même si on observe une évolution positive depuis quelques années.
- Quand on parte et qu'on entend parler de poésie, c'est rarement celle des auteurs vivants.

Pourtant, le monde de la poésie est très actif, il fait montre d'une réelle vivacité tant dans l’édition que par le nombre de manifestations poétiques organisées.

Aujourd’hui en France, on connaît une réelle vitalité de la poésie, il existe plus de 500 revues de poésie, des centaines de petits éditeurs (Cheyne, Rue du Monde, le Dé bleu…), des manifestations poétiques ( le Printemps des Poètes, Les rencontre de Lodève, le Marché de la poésie…).


Dépasser les clichés autour de la poésie

- La forme
On a tendance à réduire la poésie à un aspect formel, une forme reconnaissable : la rime, par exemple. Or la poésie est tout le contraire de l’immobilisation dans une forme, c’est une perpétuelle métamorphose. Certes la poésie travaille la forme du langage, sans chercher de point d’arrivée, elle conteste les formes dominantes, les formes historiquement léguées, elle est en recherche de la forme, c’est un atelier, un laboratoire de formes, le lieu où se réinvente sans cesse le texte.

- Les sentiments, le rêve et l’évasion
La poésie est souvent liée à un aspect édulcoré du sentiment, une image lénifiante, aseptisée, douce, gentille. Or la poésie est ce qui dérange, ce qui déconcerte, qui renvoie au complexe.
On perçoit le poète comme un rêveur, un marginal, un évadé ; or le seul souci du poète c’est la confrontation à la réalité. « Le poète doit avoir les mains dans le cambouis de l’existence humaine » dit Louis Dubost.
Mais quelle est cette réalité dont parlent les poètes ? C’est notre apparence, notre identité de surface, mais c’est aussi notre vie intérieure, nos aspirations, nos inquiétudes, notre mémoire…
La poésie nous parle de notre réalité pleine et entière, elle renvoie à notre « moi » inscrit dans le monde.

Rilke disait « La poésie est le lieu d’une expérience », c’est finalement l’expérience de notre propre rapport au monde.
La poésie est une façon d’être au monde, de le questionner, de s’interroger sur les choses existentielles.

- la peur de ne pas comprendre la poésie
La rencontre avec le poème c’est comme la rencontre avec quelqu’un, elle suppose le temps, la patience, la fréquentation, un désir de découvrir et une certaine attente en même temps.
Comprendre le poème ce n’est pas une question de savoir, mais une question d’attitude devant le poème, c’est à soi-même de faire le chemin du sens, tout n’est pas dit dans le poème.

- Comment lire ?
Lire la poésie demande un petit effort, celui d’ouvrir un livre, d'avoir un peu de curiosité et de volonté, de prendre le temps, de se dire qu’on fait ça pour soi.
Ensuite, oublier la logique habituelle qui nous fait lire une page de gauche à droite et de haut en bas. Avec la poésie, on peut s’arrêter sur des phrases, des mots, abandonner le poème, prendre le temps d’y revenir. Un lecteur de poésie est celui qui prend son temps pour lire et qui ne cherche pas à tout comprendre immédiatement.

La poésie est une façon de traverser le monde, l’esprit ouvert, curieux, c’est s’interroger sur la complexité de la vie. La poésie est un lieu de forte implication où l’être se révèle.

« La poésie n’est pas incompréhensible, elle est inexplicable » Octavio Paz


Pour aller plus loin

-         
A poèmes ouverts  précédé de Aïe ! Un poète, Seuil éditeur, 2008

-          Passeurs de poèmes, Sceren, 2008


Articles et conférences

Télécharger ci-contre quelques articles et conférences de Jean-Pierre Siméon

- "La poésie nous rend l'inconnu plus désirable", supplément de Libération, 2005

- "Le problème avec la poésie"

- "La poésie c'est pas ce qu'on croit", paru dans La littérature dès l'alphabet, Gallimard Jeunesse, 2002

- Conférence sur la poésie, à Bagnoles de l'Orne, 2001