Poème


titre
      Texte inédit de Jean-Louis Fournier
poème
      Au milieu des panneaux d’interdiction, de stationner, de fumer, de boire du vin, de manger du beurre, du sucre, du sel... qui fleurissent sur la terre, un nouveau panneau d’interdiction a poussé pendant la nuit, il dépasse déjà tous les autres.
Tous respectent la nouvelle interdiction, sauf quelques inconscients pris de fou rire... On les interne immédiatement dans des asiles psychiatriques.
Les villes et les campagnes sont devenues mornes, les hommes et leurs compagnes sont devenus moroses.
Ceux qui étaient joyeux ne le restent pas, ceux qui sont tristes le restent toujours.
La vie a perdu son sel, elle n’a plus de goût, et les hommes plus le goût de vivre.
Beaucoup d’humoristes ont mis fin à leurs jours.
Même les cours de récréation sont sinistres, les mauvais élèves se cachent dans les w c pour rire.

Sur le panneau qui grandit tous les jours, on peut lire en grosses lettres noires et sévères :
Interdit de rire.


Le rire et le feu sont arrivés ensemble sur la terre.
Il ne riait que quand il se brûlait il n’a jamais eu l’occasion de rire, parce qu’il vivait il y a très longtemps, avant l’invention du feu .
A cette époque là, il y en avait quelques uns qui riaient, mais c’était des fous, alors on les enfermait pour ne pas entendre leur rire.

Il ne savait pas rire, il n’avait jamais appris à rire, chez lui on ne riait pas, on n’avait pas le droit de rire, à l’école il n’avait pas le droit rire.
Il se rattrapait la nuit, il s’offrait des fou-rires

Pourquoi les animaux ne rient pas ? parce qu’il n’y a pas de quoi rire. C’est pas une raison, l’homme a découvert le rire en même temps que le feu, il rit quand il se brûle.
Il rit malgré tout

Jean-Louis Fournier


Présentation de Jean-Louis Fournier
Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938.
Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: « Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ? » .
Il a reçu le Prix Femina en 2008 pour « Où on va, papa ? »
édition
printemps des poetes
      2009
genre
      Poèmes sur le(s) rire(s)
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