33 poèmes composés dans le noir

Auteur : Adeline Baldacchino

<i>33 poèmes composés dans le noir</i>

« Trente-trois, j’en ai voulu trente-trois, sans doute pour l’âge de mourir bien ou de vivre encore mieux » nous dit l’auteure à la fin de son recueil. 33, donc, comme l’heure de faire un point, presque photographique, sur une mythologie du corps et de l’âme qui tente sans cesse d’explorer les « mécaniques du désir / à recommencer le monde ».
Cheminant à tâtons dans le noir, comme on traverse la nuit pour atteindre l’aube, Adeline Baldacchino nous emmène dans un étrange périple entre Samarcande et Pégase, Simourgh et Phénix, Marco Polo et Diogène, l’étoile de mer et le bateau ivre, dans l’impatience, la colère et la soif recommencées, jusqu’à ce que résonne enfin comme une clameur de soleil levant et de feu nouveau.
Poésie pour l’insomnie et les fantômes, pour la jouissance et pour la braise, pour le sable et pour « les ailes qu’on doit se faire pousser dans le dos », cette errance nocturne invoque, dans le grand écart du désespoir à la jubilation, le pouvoir des mots qui ne sauvent pas mais réinventent. Et le numérologue de remarquer alors, triomphant, que 33 n’est qu’un 8 en kit, autant dire un infini en devenir.

Paru le 1er septembre 2015

Éditeur : Rhubarbe

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.