9 lettres (et quelques autres) pour écrire Vitrolles

Dominique Sorrente

9 lettres (et quelques autres)
pour écrire Vitrolles

1
Vivre Inconnu sur le Trottoir, toujours d’en face,
Rêver les Ors d’un Livre Lumineux ;
L’ Espérance redevenue Sauvage.

2
Véhémences d’ Industries, Techniciennes Répudiations, votre Ocre Loge pourtant une Lueur Etrange de Saltimbanques.

3
Ils ont la Verve Irraisonnée de la Tchatche, ils Racontent l’Orient du Large, sur leurs Langues s’activent les Epices en Sueur…

4
Visages Inimitables Traçant à même le Rocher Ouvert des Lettres de Lumière. Etrange Sémaphore.

5
Vivre encore, Insurgé en Territoires de Rangements. Oublier les Lendemains trop Lisses. Exister d’un Souffle.

6
aux habitants de la Maternité

Quand Viendrez-vous m’Initier à la Trame Rayonnante, née dans
l’ Odeur de Lits d’ Enfants qui vous Saluent ?

7
Dans le Virage de l’ Incertain, le Tarmac Rejoint l’ Ode des Lampions Laissés, une Etrangère Sourit.

8
Vous Inviterai en Terre Rouge, Offrirai à ma première Lectrice des Lucioles, Embrassades torrides Suivront !

9
Une Voyageuse de l’ Immobile, un Travailleur des Rêves,
ils Osèrent Longer leur Liberté puis s’ Eveillèrent d’un Serment.

10
Mais non pas, Vous, Indésirables qui Traversiez la Route Opaque , et Laviez votre Linge inquiétant à l’ Ecart du Soleil commun.

11
Mes amis de ce jour sont Veilleurs de l’ Instant qui Tremble. Ils Raniment Entre Ombres et Lisières la Légende de ceux
qu’ Eclaboussent les Songes.

12
Visiteur, sur ce banc, Il Te Restera toujours un Opéra de Lune pour Lâcher tes Espoirs Souverains.

13
Vous donc ici Incognito, à Tomber la Robe Offerte Lentement, pour Lire en Emerveillement les Suds.

Dominique SORRENTE

Note de l’auteur : Véhiculant d’ Inestimables Trésors Risiblement Occultés, cette Localité Limitrophe Exige votre naturelle Sympathie.

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.