À BANGUI-LA-COQUETTE

Gérard Le Gouic

Je voudrais vous réunir tous ici
comme autrefois à la Conféco,
le temple de la chemise camerounaise :
Jean-Baptiste Hounkponeu, le Togolais,
sévère et soupçonneux comme un gérant de stocks,
le Sénégalais Bâ Tapsir, rabatteur à son compte,
des chiffres d’affaires mirobolants dans les yeux,
le Tchadien commerçant au KM 5
Issène Bourma tel un papillon blanc
aux ailes de boubou au-dessus des lots,
et puis l’aide-vendeur, le livreur Benoît,
le gardien de nuit, le lépreux sous les arcades.
Et Pierre Bamboté, le poète, avec le collégien Daba
qui menaient grand train d’errance et de poésie.
Vous réunir ici tous, en mon Afrique fraternelle.

Gérard Le Gouic
(inédit 2016)

Poème
de l’instant

L’Impossible

La poésie révèle un pouvoir de l’inconnu. Mais l’inconnu n’est qu’un vide insignifiant, s’il n’est pas l’objet d’un désir. La poésie est moyen terme, elle dérobe le connu dans l’inconnu : elle est l’inconnu paré des couleurs aveuglantes et de l’apparence d’un soleil.

Ébloui de mille figures où se composent l’ennui, l’impatience et l’amour. Maintenant mon désir n’a qu’un objet : l’au-delà de ces mille figures de la nuit.

Georges Bataille, L’Impossible, Éditions de Minuit, 1962.