A Julia de Burgos, Anthologie bilingue

A Julia de Burgos, Anthologie bilingue

Choix des poèmes et traduction de l’espagnol (Porto Rico) de Françoise Morcillo

Etudes critiques de Carmen Vasquez et de Mercedes Lopez-Baralt

JULIA DE BURGOS est née à Porto Rico en 1914, et elle s’est éteinte à Harlem (New York) en 1953. Poète, journaliste, maîtresse d’école et dramaturge, elle est considérée comme étant l’une des plus grandes figures de la poésie portoricaine du XXe siècle.
Femme engagée dans une société marquée par les conventions bourgeoises, elle combat les injustices sociales, défend la cause des opprimés, et déclare dans son premier recueil Poème en vingt sillons (1938) son détachement de l’ordre matériel. Sur les pas du poète frère Pablo Neruda, qui chante la terre et l’amour dans Vingt poèmes d’amour (1924), elle célèbre à son tour l’Amour et les fleuves. Au-delà de son engagement politique, elle va poursuivre dans ses vers, une quête de l’indicible vérité qui transcende l’existence. Aimer l’Autre. Envol quasi mystique qui l’arrache à la terre matrice, et la porte vers la grâce des éléments. L’air, l’eau et les songes. Chanson de la simple vérité (1939) est l’œuvre dans laquelle elle fait de son amant le confident, lui avouant le cours de son lyrisme. Une curieuse symbiose s’opère entre le Fleuve Grande de Loiza, témoin de sa vie, et la présence à ses côtés de l’aimé. Ses vers intuitivement annoncent l’éloignement de l’amant mais la nature triomphe de sa douleur. L’homme Fleuve Grande accueille dans ses eaux sa passion entière. (…)
Dans notre traversée de son œuvre complète, nous laissons sourdre les images de la passion amoureuse tourmentée. Ces dernières s’enchevêtrent dans un rêve de l’exil. Son transport la fait sombrer dans une mer de douleur, où peu à peu elle se consume, où les distances s’écourtent entre la vie et la mort. C’est dans son dernier recueil La Mer et toi et autres poèmes, publié un an après sa mort, qu’elle pressent dans la fugue de ses vers sa mort prochaine. Elle apparaît dans sa poésie comme une héroïne tragique de l’amour absolu, transmuée en rêve, en eau, en mémoire d’un cri de douleur.

Paru le 1er septembre 2004

Éditeur : Indigo et côté femmes

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.