A défaut de martyrs de Marc Sastre

Auteurs : Alain Marc, Gisèle Sans

A défaut de martyrs de Marc Sastre

Parfois des odeurs de colle me reviennent en bouche. Des piqûres de prolétaire, des dents pulvérisées, des nuits de scarifications à rendre l’urine acceptable.
Les jours étaient frères, s’ennuyaient comme des frères. Il fallait se tenir debout, juste debout sur un lit retourné.
Juste debout et ne plus rêver. Car chaque rêve serait un meurtre de plus.

Nous naissions esclaves. Si nous naissions c’est que nous étions esclaves.
D’une langue d’ici qui était celle d’un autre – la langue d’ici est toujours celle d’un autre – il fallait dire oui.
À la caresse des plus-values, à la vapeur épousée disséminant les familles, au pain quotidien. Aux griffes sourdes consignées dans le livre, aux diasporas croustillantes sous la molaire des états, à la haine qui érode les poings impuissants.
La haine c’est toujours un amour mal interprété.

Communauté d’enfants-tués, conjonction des égarés au même ciel austère, pissant sur les murs des forteresses, se nourrissant de leurs déjections.
Fils de colère, une peau de chat sur des os barbelés, un casque à clous sur le crâne.
Jamais assez aimé. Dernier habitant de la nuit, grignotant sa propre tête.
Dans l’eau croupie des monarchies restaurées il nous fallait renaître. Le temps n’était plus aux minutes bloquées à l’orée des bois, aux maisons de brindilles, aux paillasses de feuillage.
Le temps n’était plus aux branlettes devant les femmes glacées, un miroir est bien plus éloquent.

Le temps était venu de saper les rivages séculaires, la langue sans mots mais endurcie, les arcades coulantes.
Un chewing-gum insolent contre l’obscurantisme, contre l’absolutisme du bal musette.
Que le folklore soit violé.
Que l’histoire cesse.

Paru le 1er avril 2008

Éditeur : N&B

Genre de la parution : Recueil

Genre poétique : Au coeur des arts

Support : DVD / Bluray

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.