A l’orient de tout, anthologie poétique

Auteur : François Cheng

<i>A l'orient de tout, anthologie poétique</i>

Préface d’André Velter.

Traducteur exemplaire, essayiste d’une grande délicatesse, particulièrement voué à l’espace de la calligraphie et de la peinture chinoises, romancier intuitif et profond, François Cheng a également développé une œuvre de poète qui le révèle tel qu’en lui-même : discret, pudique, attentif aux mouvements des choses, des êtres et du temps.
S’il décline le thème, bien connu en Chine, de l’alliance vertigineuse du roc et des racines, du minéral et du vivant, c’est pour suggérer que la promesse peut être dans l’incertain, dans l’éphémère et (si on ne le clame pas trop fort) en nous.
En fait, cette Anthologie poétique, la première composée par l’auteur de L’éternité n’est pas de trop, incite à un partage qui délivre, propose un parcours lucide qui se veut à la fois serein et alerté. Tous les poèmes rassemblés par François Cheng ressemblent à des instants fragiles, des envols à peine notés, des méditations légères. Avec eux, le fugace, l’impermanent peuvent devenir des alliés, des amis bénéfiques et transitoires, même si rien ne peut les empêcher de passer. « Ah nuage un instant capturé / Tu nous délivres de notre exil ». Sans oublier qu’il est toujours un viatique pour les obstacles qui restent à franchir, pour la route qui reste à inventer, pour la beauté qui reste à capter en chacune de ses incarnations, en chacune de ses métamorphoses.
Nous avons bu tant de rosées
En échange de notre sang
Que la terre cent fois brûlée
Nous sait bon gré d’être vivants.
François Cheng, né en Chine en 1929, s’est installé en France en 1949. Il est entré à l’Académie française en 2002.
Le volume est un choix provenant de cinq recueils : Double chant (Éditions Encre marine, 1998), Cantos toscans (Éditions Unes, 1999), Qui dira notre nuit (Éditions Arfuyen, 2001), Le long d’un amour (Éditions Arfuyen, 2003), Le livre du vide médian (Éditions Albin Michel, 2004).

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Anthologie

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.