A la lettre, un alphabet poétique

Auteur : Bernard Friot

A la lettre, un alphabet poétique

Lauréat du Prix Poésie des lecteurs Lire et faire lire 2017.

Chaque texte de cet abécédaire semble donner corps et âme à ces signes familiers.
Bernard Friot réussit le pari d’éviter toute lassitude. C’est qu’il joue tour à tour sur de multiples aspects : forme de la lettre, sonorité, place dans l’alphabet. Les textes proposés s’amusent avec tous les registres (comique, tragique, absurde…) et tous les genres : certains sont des poèmes en prose, d’autres de petits drames ou des dialogues théâtraux.
Illustrations JF Martin.

Chaque lettre s’affirme comme un personnage à part entière :
Ainsi, le A joue de son statut de premier pour se prendre pour le chef :
« Au commencement il est là, le A.
Aussitôt il prend le commandement :
« Au pas, au pas, camarade, au pas ! »
Ah non, ça ne va pas, mon gars !
Tu n’es que le premier venu
une lettre comme les autres
un petit soldat de l’alphabet.
Tu n’es pas général, ni même lieutenant,
alors, mon petit a, rentre dans le rang !
Allez, allez, rompez ! »

Et le P en impose :
« On dirait une pancarte, un poteau, un panneau, planté là, en plein champ. Pour dire quoi ? Pour dire : « Pas touche ! N’approchez pas, passez votre chemin, petits galopins, sinon gare à vos popotins ! »
Non mais, pour qui il se prend, ce pantin prétentieux ? […] »

Paru le 1er janvier 2016

Éditeur : Milan

Genres de la parution : Recueil Jeunesse

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.