A table avec Marx de Matéi Visniec

Le mot de l’éditeur : Soyez le bienvenu, Monsieur Visniec, et soyez sûr que je ne vous publierais pas si vous n’aviez rien à dire ! Ce livre, paru à Bucarest en 2011 sous le titre La masă cu Marx, marque votre retour à la poésie. Et ce retour est jubilatoire. À table avec Marx est composé de petites pièces poétiques qui s’apparentent à des saynètes. Drôle, douloureuse, absurde, fantastique, satirique, souvent théâtrale, toujours singulière, chacune d’elles nous rappelle que l’écrivain roumain, exilé en France sous le régime de Ceausescu, est dramaturge. Avec un sens aigu du petit format, l’auteur nous entraîne dans un univers constamment menacé par la perte de sens et la négation de l’individu. Il n’épargne ni le régime qui censurait son œuvre ni la comédie métaphysique que jouent les êtres humains. Un florilège de poèmes ? Non, un concentré de plantes urticantes.

Extrait :

« Je n’ai plus rien écrit parce que je n’avais
rien à dire
voilà pourquoi je n’ai plus rien écrit
c’est bien mieux ainsi

pourquoi écrire quand tu n’as rien à dire
pourquoi écrire quand les mots t’opposent résistance
pourquoi écrire quand tu es seul »

Paru le 1er mars 2013

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.