A une morte

Lionel Ray

… était-ce vous ? était-ce moi ? cette musique personnelle,
Une vague si fraîche ! les heures légères, le frémissement
Crépusculaire, il aurait suffi d’un pont pour l’ailleurs,
Et ce fut vous. ce qui s’appelle Silence dans un parc :
Entendez-vous, écoutez-vous ces pas secrets, ces petits pas
De passereaux ? cœur profond ! voici la clé, la nôtre,
L’énigme de votre bouche et dans un pli obscur du ciel
Avec inscription d’étoiles, ces prénoms changeants, le mien,
Le vôtre, les merveilleux automnes, les paroles volatiles,
Tant de poussières éblouies ! ô dame d’outre-monde !
Cette sorte infinie d’épuisement heureux dans l’autrefois
Des grottes et des plages. vous, furtive entre les pierres, à demi
Cachée dans le château des voix, écoutant seule cette langue
Intérieure. et moi, purifié bientôt peut-être parmi les cendres,
Cœur profond ! cœur indéchirable…

Lionel Ray

Poème
de l’instant

Andrée Appercelle

Soleil noir ta peau

Aucun souffle
cette immobilité
de pierre épuise
un siècle
me sépare
de ta peau
que je voudrais
minérale
pour fermer
mes doigts
sur elle comme
on chauffe
un caillou

Andrée Appercelle, Soleil noir ta peau, Le Temps des Cerises, 2006.