A une morte

Lionel Ray

… était-ce vous ? était-ce moi ? cette musique personnelle,
Une vague si fraîche ! les heures légères, le frémissement
Crépusculaire, il aurait suffi d’un pont pour l’ailleurs,
Et ce fut vous. ce qui s’appelle Silence dans un parc :
Entendez-vous, écoutez-vous ces pas secrets, ces petits pas
De passereaux ? cœur profond ! voici la clé, la nôtre,
L’énigme de votre bouche et dans un pli obscur du ciel
Avec inscription d’étoiles, ces prénoms changeants, le mien,
Le vôtre, les merveilleux automnes, les paroles volatiles,
Tant de poussières éblouies ! ô dame d’outre-monde !
Cette sorte infinie d’épuisement heureux dans l’autrefois
Des grottes et des plages. vous, furtive entre les pierres, à demi
Cachée dans le château des voix, écoutant seule cette langue
Intérieure. et moi, purifié bientôt peut-être parmi les cendres,
Cœur profond ! cœur indéchirable…

Lionel Ray

Poème
de l’instant

Coplas

Admire l’étonnante chose :
mon ombre posée sur le mur
et à la fenêtre la lune !

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.