Abdellatif Laâbi traversée de l’oeuvre par Jacques Alessandra

Abdellatif Laâbi traversée de l'oeuvre par Jacques Alessandra

"Jacques Alessandra, dans cette Traversée de l’œuvre, tente de dévoiler les lignes de cohérence, le sens et la permanence du travail de Abdellatif Laâbi. Il pose le problème de « l’utilité » de la littérature et du rôle du poète aujourd’hui. Des chocs littéraires du Laâbi adolescent à sa pratique poétique actuelle, érigée en système de défense de valeurs humaines inaliénables telles que la liberté et l’espoir, l’auteur dégage quatre thèmes prépondérants dans l’œuvre de celui-ci. Une rupture inaugurale qui conduit ce fils de sellier au professorat et au militantisme culturel, puis à l’isolement, découvert durant ses huit années de détention pour « atteinte à la sûreté de l’État ». De cet isolement naît une volonté de dialogue, confronter ce « moi » à « l’autre » et notamment aux femmes. Explorer la figure féminine, de la mère, qui enrage et peste, travaillée par la colère, à l’épouse et la combattante. Et enfin, l’ailleurs ou comment écrire en exil.
Jacques Alessandra livre les clés de l’œuvre de Laâbi qu’il qualifie d’esthétique de la dissidence, certes, mais à laquelle il refuse également la seule définition de littérature engagée, restrictive à ses yeux, puisque écrire est engagement et l’écriture un « lieu d’errance utopique ». Laâbi n’est pas devenu poète en prison, la colère traverse son œuvre, bien sûr, y est fondamentale et fondatrice mais l’auteur ne se restreint pas à sa seule colère et se tourne vers le futur. Recevoir le verbe de Laâbi c’est à la fois accepter une œuvre renforcée par l’engagement, sans l’occulter ni le dévoyer, et résister à la tentation de sur-signifier à partir de ces données."

Paru le 1er mai 2008

Éditeur : La Différence

Genre de la parution : Essai

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Valère Novarina

Chronophobie

Ici-bas dans la tourmente, il danse
Écoutez mes aïeux :
Je danse à la gueule de dieu

Traçant une ligne invisible
Entre n’être et naître pas
Entre naître et n’être pas
J’ai vécu vaille que vaille
Tout au fond d’l’univers
Le réel m’a pris en tenaille
Je danse à cœur ouvert

Le jour venu, mon âme d’animal
Si vous la trouvez en moi
Portez-la dans le sein d’Abraham !

Mai 2019, Valère Novarina, extrait de Chronophobie, poème inédit confié au Printemps des Poètes pour la 11e édition du Prix Andrée Chedid du Poème Chanté.