Absenta

Auteur : Marie Huot

Absenta

par la voix de ma soeur, par sa bouche et par sa langue.
La mienne, celle de ma mère et de sa mère encore ; l’histoire.
De nous toutes qui n’avions pas de jambes.
"Oh ! elles n’ont pas de jambes, pas de secret sous la robe !"
Mais si belle la voix passante de la petite amie.

Je voulais rejoindre le château éclairé et l’homme très jeune sur le beau parquet au milieu des bals.
Celui que la tempête

J’ai donné ma langue pour un sexe et un amour.
Et si belle, ma voix qui montait, trémière au-dessus de l’eau.

Se pouvait-il que muette, je lui fus autre qu’une jolie bête de compagnie ?
Moi qui fus poisson
moi qui fus poisson et si belle ma voix.

(…)

Paru le 1er janvier 2004

Éditeur : Le Temps qu’il fait

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage