Adèle, la scène perdue de Marie Cosnay

J’ai hésité. J’ai pensé trouver des héros, leur donner la parole, qu’ils joueraient quelque chose. J’ai pensé à un chœur de jeunes filles célébrant l’aube et l’activité naissante des hommes. Que l’événement soit pris dans ce temps-là, chanté. Que ça se déroule sous les yeux, le regard, avec le corps des protagonistes et la lueur timide du crépuscule du matin.
J’ai pensé qu’on pouvait raconter. Qu’il y avait bien des témoins. Le temps m’a paru être ce corps qui dure, fidèle, inentamable, fidèle à ce qui fut – l’événement.

Marie COSNAY
Née à Bayonne en 1965. Vit et travaille au Pays basque. Elle a publié des textes dans les revues Petite, Arpa, Présages, Rivaginaires, Florilèges, Le Nouveau Recueil et La Polygraphe. A publié à Cheyne son premier livre : Que s’est-il passé ?, Collection Grands fonds, 2003.

Paru le 1er mars 2005

Éditeur : Cheyne

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.