Ailleurs est aujourd’hui

Auteur : Krzysztof Siwczyk

Ailleurs est aujourd'hui

L’œuvre de Krzysztof Siwczyk, né en 1977, rappelle le travail de l’architecte, mais sur un mode paradoxal, un édifice qui ne s’expose pas comme construction achevée. Cette poétique repose d’une part sur l’exploitation des items les plus simples de la langue, les plus prosaïques, d’autre part sur une utilisation des concepts logico-philosophiques visant à la démythification de nos propres récits et croyances, de nos représentations culturelles. L’architecture de l’œuvre se propose comme une dé-création ayant pour objectif d’inventer des espaces - temps suspendus dans une sorte de « partout » évoquant dans leur aspect désertifié, désolé, angoissant, des lieux et des époques qui ont réellement existé ou bien existent (lieux concentrationnaires, hôpitaux, monastères, prisons, villes modernes…) des expériences vécues, voire des réminiscences historiques, représentations plus ou moins conscientes de la mémoire collective, aussi bien que de nouveaux espaces. L’invention d’un langage poétique, au moyen d’images d’un monde de béton, métal, grilles, murs, tunnels, ponts… mêlées à des souvenirs intérieurs, culturels, historiques, participe d’un travail poético-anthropologique de création d’un nouveau territoire de l’homme, au sein duquel on observe la culture évoluer dans ses avancées, ses retraits, détours, impasses et recherches d’issues. Y est interrogée la notion de sujet, à travers ses métamorphoses de recueil en recueil, devenant par là-même métaphore du « suspens », du « transitoire » pour atteindre, après l’expérience de la dé-subjectivisation, une forme nouvelle de subjectivité, d’être dans son humanité. Ce procédé de construction/déconstruction du sujet, de l’espace - temps, sous la forme de territoires changeants, non identifiables, aboutit à une structure complexe, une matrice de modèles de vie au sein d’une langue qui n’est réductible ni à l’image, ni à la narration, ni à la théorie. Cependant l’imaginaire traditionnel pour évoquer les grands thèmes éternels de l’amour, la mort, la nature, l’âme coexiste avec l’expérimentation et l’œuvre poétique résulte de cette tentative d’aboutir à l’unité sans donner la prééminence à un monde ou à un autre, à une forme de vie sur une autre.

Paru le 1er mars 2016

Éditeur : Grèges

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage