Ainsi disent-ils de Muësser Yeniay

Ainsi disent-ils de Muësser Yeniay

Le mot de l’éditeur : Être femme libre et poète en Turquie aujourd’hui… Je n’ai pas besoin d’en dire davantage pour dévoiler les raisons qui me poussent à publier Müesser Yeniay, l’une des voix les plus prometteuses de son pays. Ainsi disent-ils s’ouvre sur une évocation de la terre d’enfance, où « une fleur m’a appris à rester à ma place » ; puis viennent les textes du ciel redessiné par un désir d’ouverture au monde et les pouvoirs libérateurs de la poésie. Dans ces textes, parfois très incisifs, la jeune femme révèle aussi le territoire de ses insurrections intimes, refusant de souscrire à l’image que les hommes donnent de la féminité, acceptant plus encore de devenir étrangère à elle-même. Et de risquer cet aveu, d’inspiration soufie, dans les poèmes inédits qui viennent clore le livre : « C’est seulement quand j’écris des poèmes que mon âme danse. C’est cela la joie d’exister… »

Extrait :

Lapidation

« Dehors la nuit
dedans la séparation
ce doit être le dernier jour
du monde
- pensée qui me traverse-
l’amour finit…
le cœur
telle une femme lapidée
reste
au milieu de la réalité
le cœur, la plus grosse
pierre que Dieu m’ait
jetée »

Paru le 1er octobre 2016

Éditeur : Editions Bruno Doucey

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.