Alfred de Vigny

Alfred de Vigny, de son nom complet Alfred Victor de Vigny, naît le 27 mars 1797 à Loches, commune d’Indre-et-Loire.

Alfred de Vigny est issu d’une famille au riche passé militaire. À sa naissance, son père Léon Pierre, ancien officier de la guerre de Sept Ans, est infirme et déjà âgé de plus de soixante ans. Sa mère, quant à elle, Marie-Jeanne-Amélie de Baraudin, cousine de Louis-Antoine de Bougainville et parente du poète Jean-François Regnard, est âgée d’une quarantaine d’années et a déjà donné naissance à trois enfants tous morts en bas âge. Alfred est donc perçu comme le dernier espoir de la poursuite de la lignée.

En 1799, la famille Vigny perd l’ensemble de ses propriétés et de ses revenus. Elle se voit ainsi contrainte de quitter Loches et d’emménager à l’Élysée-Bourbon, ancien hôtel particulier parisien alors divisé en logements privés.

Mère et père sont, dès son plus jeune âge, tous deux très attentifs à son éducation. Ils suivent notamment à la lettre les préceptes de l’Émile : bains glacés, régime sec, exercices physiques, notamment escrime et tir, enseignement des mathématiques, de la musique, de la peinture. Alfred est l’objet de toutes les attentions. Des portraits de l’enfant recouvrent ainsi les murs de l’appartement. Son père, le soir, lui fait embrasser la croix de Saint-Louis, et, doué d’un talent de conteur, lui lit bon nombre d’ouvrages classiques.

En mars 1804, la famille Vigny est contrainte de déménager une nouvelle fois suite au don de l’Élysée par Napoléon à Murat. Ils partent tout d’abord au 1, rue du Marché d’Aguesseau, puis au 68, rue du Faubourg-Saint-Honoré. À dix ans, Alfred entre en pension à l’institution Hix, rue Matignon, où il s’avère être un excellent élève. Sa réussite et son sérieux lui attirent toutefois l’hostilité de ses camarades et Alfred expérimente la solitude. Il part ensuite étudier au lycée Bonaparte où il prépare avec assiduité mais sans intérêt Polytechnique. Le 6 juillet 1814, il est affecté à la première Compagnie rouge, celle des gendarmes du roi, avec le grade de sous-lieutenant.

Le premier texte qu’il publie est un essai sur l’œuvre de Byron dont les œuvres avaient paru en 1820. Cet essai paraît dans la revue de Victor Hugo Le Conservateur littéraire. C’est dans cette même revue qu’il publie son premier poème intitulé « Le Bal ». Il fait ainsi la rencontre de Victor Hugo, Charles Nodier, Alexandre Soumet et du reste du Cénacle. En 1822, il fait paraître sous couvert d’anonymat son premier recueil de poésie Poèmes qui passe toutefois totalement inaperçu. Le 22 octobre de cette même année, il est témoin de Victor Hugo lors du mariage de celui-ci avec Adèle Foucher. Il est également reçu chez Sophie Gay qui voit en lui l’époux idéal de sa fille Delphine, celle que l’on nommait alors la « Muse de la patrie ». La mère d’Alfred s’oppose finalement à ce projet.

C’est au même moment que débute une carrière militaire bien peu exaltante de plus de dix ans.
En 1822, après avoir été nommé lieutenant titulaire de son régiment, l’équivalent de capitaine, il espère être désigné pour rejoindre l’Espagne dès 1823. Finalement, un autre bataillon sera désigné. Il rédige durant ces années les poèmes « Le Trappiste », « Dolorida » et « Eloa » qui lui permettent d’accroître sa réputation. En 1824, il collabore au périodique mensuel La Muse française fondé par Émile Deschamps, et fréquente également le salon de Virginie Ancelot. Il y rencontre notamment Marie de Flavigny. Alors qu’il est en garnison à Bayonne, il s’éprend d’une Anglaise, Lydia Bunbury, qu’il épouse l’année suivante.

Alfred et sa femme s’installent à Paris en 1826, année au cours de laquelle il publie Les poèmes antiques et modernes ansi que Cinq-Mars, véritable roman historique à la française. L’année suivante, en 1827, il met un terme à sa carrière militaire et se consacre pleinement à l’écriture.
Après ces premiers succès littéraires, Alfred s’essaie également au théâtre et décide d’adapter Othello en vers. La représentation du 24 octobre 1829 est houleuse et préfigure ainsi en un sens celle d’Hernani.

Le 25 juin 1831, en réponse à la révolution de Juillet et aux erreurs qu’il pense être celles des gouvernements de la Restauration, est jouée sa pièce La Maréchale d’Ancre. Celle-ci met notamment en évidence son opinion sur la peine de mort qu’il souhaite abolir. C’est à cette même période qu’il rencontre et s’éprend de l’actrice Marie Dorval pour qui il écrit Quitte pour la peur, puis Chatterton, pièce écrite en douze jours tirée d’un roman philosophique intitulé Consultations du Docteur Noir : Stello ou les Diables bleus qu’il vient de publier. Chatterton est jouée le 12 février à la Comédie-Française et rencontre un incroyable succès. Parmi les spectateurs sont notamment présents George Sand, Alfred de Musset, Sainte-Beuve, Maxime Du Camp et Hector Berlioz, tous applaudissent en chœur.

À partir de 1837, alors en pleine réussite, Alfred connaît de nombreuses désillusions. Il perd tout d’abord sa mère, rompt avec Marid Dorval puis se brouille avec plusieurs membres et amis du Cénacle. Il quitte alors brusquement le devant de la scène et cesse de publier, à à l’exception de quelques poèmes qui paraissent dans la Revue des deux Mondes en 1843 et 1844, puis en 1854.

Décidé à quelque peu se retirer, il séjourne quelques années dans son domaine de Charente, le logis du Maine-Giraud à Champagne-de-Blanzac (renommée Champagne-Vigny en 1983), où il s’occupe de sa femme Lydia, infirme et silencieuse. Il se lance également dans la restauration du domaine et poursuit aussi l’écriture de ses Mémoires de famille, et de ses Mémoires politiques. Éloigné des salons parisiens, il n’en demeure pas moins attentif à la vie littéraire et politique de son temps et achève notamment « Les Destinées », texte qui donnera son titre au recueil de 1864.

Entre ses séjours charentais, Vigny se présente vainement à cinq reprises à l’Académie. Si ses idées ainsi que le romantisme en général ne sont pas bien reçus, il est finalement élu le 8 mai 1845.

En octobre 1853, Alfred retourne à Paris et devient rapidement partisan du Second Empire. Il rencontre également Barbey d’Aurevilly ainsi que Charles Baudelaire avec qui il sympathise. À cette période, il entretient des relations amoureuses avec Louise Colet, ancienne maitresse de Gustave Flaubert et d’Alfred de Musset, mais aussi Élisa Le Breton et Augusta Bouvard.

Sa femme Lydia Jane Bunbury meurt en décembre 1862.

Souffrant d’un cancer à l’estomac, Alfred meurt quelques mois plus tard, le 17 septembre 1863, au 6, rue des Écuries d’Artois.

Bibliographie

Éditions récentes

  • Œuvres complètes, tome II : Prose, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 1993.
  • Œuvres complètes, tome I : Poésie et théâtre, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 1986.
  • Poèmes antiques et modernes - Les Destinées, Éditions Gallimard, 1973.

Premières éditions

  • Œuvres complètes, 1883-1885.
  • Journal d’un poète, 1867.
  • Les Destinées, 1864.
  • Daphné : seconde consultation du Docteur Noir, inachevé, 1837.
  • Chatterton, 1835.
  • Servitude et grandeur militaires, 1835.
  • Quitte pour la peur, 1833.
  • Les Consultations du Docteur Noir : Stello ou les Diables bleus : première consultation, 1832.
  • L’Almeh, inachevé, 1831.
  • La Maréchale d’Ancre, 1830.
  • Le More de Venise, traduction en vers d’Othello, 1829.
  • Shylock, adaptation en vers du Marchand de Venise, 1828.
  • Roméo et Juliette, traduction en vers de la pièce de Shakespeare, 1828,
  • Cinq-Mars, 1826.
  • Poèmes antiques et modernes, 1826.
  • Éloa, ou La Sœur des Anges, 1824.
  • Poèmes, 1822.