Alice aux mille bras de Mateja Bizjak

Alice aux mille bras de Mateja Bizjak

Mateja Bizjak Petit écrit de la poésie .à se désaxer les origines .à se décoiffer des nuages .à se dézinguer d’être .à s’effilocher des brumes en pagaille .à se rebâtir des rêves sans fracture .à rester debout quand tout se défait .à sauver des ruines toutes neuves pour se loger dans l’espoir du lendemain .à s’écouter bruire contre un arbre avec des branches pour mémoire .à perforer nos doutes de feuilles blanches .à l’inutilité d’écrire des poèmes .à l’urgence de le faire .à nos corps défendant .à tout ce qu’on regrette d’être .à ce que l’on ne sera pas .aux soleils par milliers des illusions perdues .au peu qu’on sauve .à l’essentiel .les mots de Mateja Bizjak Petit percutent les tempes dès le premier round .mais tout en finesse .son écriture tape juste .dévoile le subtil que le regard ne ferait que frôler .elle soulève le drapé des lignes .ce que la surface des mots peine à nommer .dans un monde d’habitudes . de prévisible .de colonies de codes .Mateja Bizjak Petit débarrasse le langage d’une peau de sens ordinaire .elle lève le bruit des mots habituels .pour les remplir de musique .de présence .pour leur redonner leur poids de sens .leur poids à vivre .debout en bout .les mots de Mateja Bizjak Petit font tenir quelque chose en équilibre .comme le fragile battement d’une vie .comme retenir son souffle sous les draps, enfants .à la clarté des veilleuses . comme souffler sur la poussière .en un même poème se dissimule un autre poème . plusieurs degré de lectures dans un même livre .à découvrir absolument.

Paru le 1er décembre 2014

Éditeur : Ecrits des Forges - FIP

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.