Alphabet de A à M de Philippe Jaffeux

Alphabet de A à M de Philippe Jaffeux

Es-tu un flâneur ? Un vide écume une dixième page qui essuie la bave de ta question réflexe
La marche d’une distance conditionne la promenade d’une encre entre des interlignes perdues
Es-tu un flatteur ? Je critique ce mot fallacieux en caressant la limite d’un abcd scandaleux
L’élévation des lettres vers une image me détourne de ta deux cent trente-sixième platitude
Es-tu flegmatique ? Je contemple un nombre indifférent en vue de dissiper ton trouble lisible
J’apaise le nerf d’une page en circulant entre les cinquante et une gouttes d’un sang invisible
Es-tu folâtre ? Un abcd se moque de vos sauts au-dessus de ma quatrième blague inquiétante
Une deux cent trente-huitième atmosphère illisible se réfère à la pression d’une lettre enjouée
Es-tu fort ? Je résiste à l’épreuve de te répondre grâce à la souplesse d’une énergie numérique
L’intensité mesurée d’un ordinateur indéfinissable détourne la faiblesse de votre dictionnaire
Es-tu fou ? (…)"

Paru le 1er septembre 2014

Éditeur : Passages d’encre

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.