Amer carnaval Nanos Valaortis

Edition bilingue français/grec présentée et établie par Photini Papariga. Préface de Christophe Dauphin
Nanos VALAORITIS
Photini PAPARIGA

Nanos Valaoritis est un poète grec ; l’un des plus grands que compte ce pays qui, depuis l’Antiquité n’est pas avare de talents. Être un poète grec revient à ne pas être seulement un témoin du vécu, mais à l’incarner au plus près de ce pays dont le ciel ne diminue jamais un seul instant la flamme de nos yeux, car, affirmant la primauté de la Vie, le poète grec se confond aussi avec la réalité d’une génération entière, la sienne, voire de plusieurs, qui se sont ou ont été sacrifiées et ont connu, pour ne pas remonter jusqu’à l’occupation ottomane, la résistance, les guerres civiles, les dictatures, et aujourd’hui une crise politique, économique et sociale inique et sans précédent, ce pain noir quotidien du siècle, pour les grecs.

Nanos Valaoritis, comme l’a tôt remarqué son ami Jacques Lacarrière, a parcouru maints chemins de la création, restitués dans une œuvre forte et foisonnante, déconcertante quelquefois, provocante très souvent, mais qui depuis qu’elle se manifeste constitue l’une des voix et l’une des voies les plus originales de la Grèce d’aujourd’hui.

Amer carnaval, ne déroge pas à la règle. Nous y retrouvons ce miel acide, cette flamme fuligineuse, cette source sulfureuse, qui a donné tout son éclat à cette œuvre poétique singulière. Des poèmes insolites et souvent insolents, suscités par un élan lyrique exacerbé mais toujours maîtrisé : une alchimie où l’étincelle des mots et le feu des donnent naissance à des éclats où affleure à tout moment la révolte, mais aussi l’envers burlesque ou merveilleux du monde quotidien.

Christophe DAUPHIN

Paru le 1er juin 2017

Éditeur : Les Hommes sans Epaules éditions

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.