Amour mort, nature morte d’Eli Tolaretxpi

Amour mort, nature morte d'Eli Tolaretxpi

Traduction de Marie-H Desestré

Les Écrits des Forges présentent Amour mort, nature morte / Amor muerto, naturaleza muerta, un recueil de poésie écrit en espagnol par Eli Tolaretxipi et traduit en français par Marie-Hélène Desestré.
Eli Tolaretxipi est née en 1962 à Saint-Sébastien, dans les Provinces basques (Espagne). Poète, elle est aussi traductrice et enseignante.
Amour mort, nature morte / Amor muerto, naturaleza muerta se compose de deux parties qui ont pour thème l’amour qui s’étiole et les souvenir des blessures d’amour sur une nouvelle relations amoureuse.
Que se passe-t-il quand« (m)es yeux l’écoutent /mais elle n’existe pas », demande la narratrice des poèmes qui composent la première de ces deux parties ? « Seul un amour en décomposition aurait cette odeur », liton en guise de réponse. Puis elle devient objet pour l’aimée qui l’intègre, tout simplement, dans sa peinture :
« Elle montre
des objets qui me représentent. Et elle dit autre chose.
Ce qu’elle dit me transforme. »
Voilà une poésie écrite avec la précision du scalpel, sans fioriture, des images qui vont droit à l’essentiel des émotions vécues.
En écho, dans la seconde partie, Eli Tolaretxipi propose 13 poèmes sur le souvenir des blessures amoureuses et l’influence qu’elles ont sur un nouvel amour, alors que le « temps pèse sur les tympans » :
« Le souvenir
l’alarme
l’avis
sont utiles.
Ce que d’autres ont dit est éclairant. »

Paru le 1er décembre 2004

Éditeur : Ecrits des Forges - FIP

Genre de la parution : Version bilingue

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.