Andrésy

Benoit Conort

Ce fut port au temps des romains
et Seine en deux bras divisée
encore embrasse l’île allongée.
Le dimanche on se promène,
on regarde l’Oise en sa fin
s’unir au fleuve parisien.
L’automne lance ses brouillards
à l’assaut de l’Hautil. On y devine
fantômes illustres ou Fantomas - son ombre
glisse parmi les toits accrochés
à la colline des anciennes demeures.
Voici l’heure où la gare s’endort
et le fleuve modère ses remous
aux hélices des dernières péniches.

Rives paisibles, pentes assagies -
et quoique raides au pas des randonneurs -
vignes anciennes, arbres fruitiers,
rues bordées de jardins
à présent Andrésy entrez-y.

Benoît Conort

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.