Andrésy

Benoit Conort

Ce fut port au temps des romains
et Seine en deux bras divisée
encore embrasse l’île allongée.
Le dimanche on se promène,
on regarde l’Oise en sa fin
s’unir au fleuve parisien.
L’automne lance ses brouillards
à l’assaut de l’Hautil. On y devine
fantômes illustres ou Fantomas - son ombre
glisse parmi les toits accrochés
à la colline des anciennes demeures.
Voici l’heure où la gare s’endort
et le fleuve modère ses remous
aux hélices des dernières péniches.

Rives paisibles, pentes assagies -
et quoique raides au pas des randonneurs -
vignes anciennes, arbres fruitiers,
rues bordées de jardins
à présent Andrésy entrez-y.

Benoît Conort

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.