Andrésy

Benoit Conort

Ce fut port au temps des romains
et Seine en deux bras divisée
encore embrasse l’île allongée.
Le dimanche on se promène,
on regarde l’Oise en sa fin
s’unir au fleuve parisien.
L’automne lance ses brouillards
à l’assaut de l’Hautil. On y devine
fantômes illustres ou Fantomas - son ombre
glisse parmi les toits accrochés
à la colline des anciennes demeures.
Voici l’heure où la gare s’endort
et le fleuve modère ses remous
aux hélices des dernières péniches.

Rives paisibles, pentes assagies -
et quoique raides au pas des randonneurs -
vignes anciennes, arbres fruitiers,
rues bordées de jardins
à présent Andrésy entrez-y.

Benoît Conort

Poème
de l’instant

Alejandro Jodorowsky

C’est comme ouvrir un menhir avec les mains

Cessez de chercher, vous êtes la porte
et les gardiens qui en interdisent l’accès.
Chaque pas vous éloigne du nombril
chimères assoiffées d’aventure.
Vous croyez que le mariage vous libère de la mort
ou que l’argent vous marque dans la hiérarchie divine.
Cessez de chercher, la conscience est le philtre magique,
L’œil capable de rejoindre les orbites vides de Dieu
traversant la mort. Personne ne se rencontre soi-même
en parcourant les mers ou en explorant les cavernes.
C’est difficile, comme ouvrir un menhir avec les mains
car notre âme est plus dure que la pierre.

Alejandro Jodorowsky, Traduit de l’espagnol (Chili) par Martin Bakero et Emmanuel Lequeux
dire ne suffit pas, no basta decir, Le Veilleur Éditions, 2003.