Anthologie bilingue de la poésie anglaise

Anthologie bilingue de la poésie anglaise

BIBLIOTHÈQUE DE LA PLÉIADE

Le climat d’outre-Manche – le fait a été prouvé scientifiquement – est propice à la mélancolie. De la mélancolie sont nés les plus beaux poèmes. La poésie anglaise est donc l’une des plus belles qui soient. Les nombreux lecteurs anglophiles et/ou anglophones qui, tels les héros romantiques de Byron et de Shelley, se morfondaient en attendant ce volume ne manqueront pas de partager cette opinion. L’Anthologie bilingue de la poésie anglaise couvre treize siècles de création poétique : de Beowulf, l’épopée en anglo-saxon du VIIIe siècle, aux textes de Simon Armitage, né en 1963. Soixante-douze traducteurs se sont attelés à faire entendre la voix de cent quatre-vingt-douze auteurs anglais, écossais, gallois, irlandais, connus ou anonymes. Les illustres représentants du genre (Spenser, Donne, Milton, Blake, Wordsworth, Keats, Tennyson, Yeats, Eliot, Auden) voisinent avec des poètes encore inconnus du public français. Des poèmes des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles sont ainsi traduits pour la première fois. La production des cinquante dernières années, capitale à tous égards, est largement représentée. T. S. Eliot considérait son aîné W. B. Yeats comme l’un des rares poètes « dont l’histoire est l’histoire de leur temps et qui sont une partie de la conscience d’une époque qui ne saurait être comprise sans eux ». On pourrait aisément appliquer ces propos au florilège de poèmes recueillis ici, tant c’est l’histoire du Royaume-Uni qui y est donnée à lire en filigrane. Les mouvements poétiques font écho aux bouleversements culturels, politiques, sociaux que la Grande-Bretagne a vécus au fil du temps. Avec la poésie contemporaine, cette caractéristique s’amplifie et s’étend à l’histoire de l’humanité : telle la chronologie d’un livre d’histoire, les poèmes sélectionnés témoignent des grands traumatismes du XXe siècle : les deux conflits mondiaux (avec le phénomène, typiquement britannique, des « War Poets »), le chômage, la misère sociale et sentimentale. Et les sentiments, justement ? On voit généralement en eux la première source d’inspiration poétique. Les poètes, tout réceptifs qu’ils sont aux soubresauts du monde, seraient encore plus sensibles aux fluctuations de leur psyché ou de leur cœur… L’amour, platonique ou sensuel, qui infuse bon nombre des textes du corpus, serait-il donc – plutôt que la pluie ou le brouillard – la véritable muse des poètes anglais ? Le lecteur jugera sur pièces.

ANTHOLOGIE BILINGUE DE LA POÉSIE ANGLAISE [2005], trad. de l’anglais par un collectif de traducteurs. Contient notamment des œuvres de Geoffrey Chaucer, Christopher Marlowe, William Shakespeare, John Donne, Ben Jonson, John Milton, Jonathan Swift, Thomas Gray, William Blake, Walter Scott, Coleridge, Byron, Shelley, John Keats, Elizabeth Barrett et Robert Browning, Emily Brontë, Coventry Patmore, George Meredith, Swinburne, Thomas Hardy, Hopkins, Oscar Wilde, Rudyard Kipling, W. B. Yeats, T. S. Eliot, W. H. Auden, Dylan Thomas, Ted Hughes et Seamus Heaney. Édition de Paul Bensimon, Bernard Brugière, François Piquet et Michel Remy, préface de Bernard Brugière, 2096 pages, rel. peau, 105 x 170 mm. Collection Bibliothèque de la Pléiade (No 519), Gallimard -anth. ISBN 2070113744. Parution : 20-10-2005.

Paru le 1er octobre 2005

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.