Anthologie de la poésie lyrique latine de la Renaissance

Anthologie de la poésie lyrique latine de la Renaissance

Présentation, choix et traduction de Pierre Laurens, éd. bilingue. Collection Poésie/Gallimard

La présente Anthologie s’offre comme un ouvrage radicalement neuf par rapport aux Musae Reduces, Anthologie de la poésie latine de la Renaissance, deux volumes publiés par l’auteur avec la collaboration de C. Balavoine chez Brill en 1974 et aujourd’hui en réimpression. L’arc chronologique reste le même, mais l’extension en est considérablement réduite, puisque, sur le vaste ensemble des formes poétiques de langue latine, embrassé dans l’ouvrage précédent, celui-ci a choisi d’isoler la seule précieuse veine du lyrisme. En revanche, et même si un nombre non négligeable des auteurs et des textes retenus figuraient déjà dans la première Anthologie, maint autre, surtout parmi les plus récents, aura pu retrouver ici sa place légitime. En outre, le parti adopté d’une traduction rythmée, la seule qui nous paraisse aujourd’hui rendre justice à la qualité des œuvres originales, distingue défInitivement cette nouvelle contribution de l’ancienne et la voue à la connaissance amoureuse d’une littérature encore capable de toucher un public sensible à la poésie.
Tout en étant conscient de la part d’arbitraire inhérente à tout recueil de caractère anthologique, on voudrait souligner que le critère le plus souvent retenu a été, avec la qualité, la capacité d’innovation formelle. Un Pontano, un Navagero, un Gaspar Barth introduisent dans la poésie latine une manière, une saveur dont la latinité classique ne nous offre aucun équivalent. Si bien qu’après nous être demandé un moment si un classement par thèmes (l’amour, la mort, l’exil, les élancements de l’âme chrétienne, les vanités, etc.) n’eût pas été plus propre à séduire notre indulgent lecteur, nous y avons finalement renoncé, précisément pour faire apparaître, à travers la métamorphose des styles, lisible malgré la minceur de l’échantillon, l’évolution esthétique qui conduit de l’Humanisme à la pleine Renaissance et de celle-ci à l’Âge baroque dans le domaine latin aussi et parfois, comme on le verra, avec quelques saisons d’avance.

Paru le 1er avril 2004

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage