Anthologie des femmes poètes du monde arabe

Auteur : Maram Al-Masri

Anthologie des femmes poètes du monde arabe

Contrairement à ce que l’on imagine peut-être, le paysage poétique des femmes du monde arabe est riche. Déjà, dans l’histoire de la culture arabe classique, plusieurs femmes ont fait entendre leur voix à travers la poésie.
Au XXe siècle, en liaison avec le mouvement de libération et de modernisation des sociétés arabes, des femmes sont réapparues. Les plus fameuses sont l’Irakienne Nazik al-Malaïka, la Palestinienne Fadwa Touqan, les Syriennes Colette Khoury ou Ghada Al Saman…Mais on peut constater ces dernières années une véritable explosion de la poésie féminine arabe, sans doute favorisée par Internet et des réseaux sociaux qui font qu’il n’est plus indispensable d’avoir publié des livres pour diffuser ses poèmes. Même si, dans certains pays, l’accès à la publication reste difficile. Parfois certaines poétesses choisissent de changer leur nom pour épargner leur famille et leurs proches, car la poésie est du domaine de l’intime et dévoiler l’intime est sou- vent mal vu, perçu comme un acte d’impudeur.
Le lecteur sera parfois étonné par le respect de la tradition poétique arabe et parfois par la modernité des textes, mais ce qui unit ces femmes, c’est leur liberté d’expression, une liberté gagnée dans un monde difficile ou nulle n’est « prophétesse en son pays »…

En espérant qu’à travers ces paroles de femmes, le lecteur (ou la lectrice) se fera une idée un peu nouvelle, non seulement des femmes arabes, mais aussi des hommes qui, même s’ils sont invisibles, sont présents dans ces pages. La modernité est comme la vague d’un grand océan qui au fur et à mesure a gagné le monde entier… Les mouvements qui ont bouleversé la poésie française et occidentale ont aussi touché les rivages de la poésie arabe et la modernité de la poésie arabe, aujourd’hui, non seulement n’a rien à envier à celle des autres pays mais peut en retour influer sur elles. S’il y a une mondialisation des sociétés, il y a aussi, à travers une grande diversité qui est une richesse, une mondialisation de la poésie.

Texte de l’éditeur.

Paru le 7 mars 2019

Éditeur : Le Temps des cerises

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.