Anthologie nomade

Auteur : Michel Butor

Anthologie nomade

Dans l’œuvre au long cours de Michel Butor, la poésie a pris une place toujours plus vaste, à la mesure de son formidable appétit de découverte et d’expérience, à la mesure de l’immense liberté qui l’anime : les formes, les bruits de langue, les images, les méditations explosées, les improvisations érudites, trouvent spontanément place au sein de compositions qui tiennent de la symphonie, de l’oratorio, voire de la fresque. Butor sait manier le langage comme un peintre sa palette ou un musicien son instrument, il veut tout signifier, tout suggérer, tout recréer, qu’il s’agisse d’un tableau, d’une mélodie ou d’un périple en eaux profondes.
Sans doute faudra-t-il un jour lire l’ensemble de ses compositions comme un défi de démiurge acharné à réinventer la Création, avec çà et là des notes vibrantes et pures, des soupirs d’anges ironiques, des pensées abyssales et le désir d’un horizon d’écriture pareil à un écho qui n’en finirait pas.
Dans ce volume de Poésie/Gallimard, Michel Butor nomadise à travers son œuvre immense et compose le parcours d’écriture qu’il entend partager aujourd’hui.

Paru le 25 mars 2004

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.