Anthologie poétique

de Chawki Abdelamir

Anthologie poétique, préface de Bernard Noël

Présentation

" Entre exil et exil, le poème est boussole du cadavre qui rentre au pays. Le coup de couteau des fidèles se nourrit de veines et de plaies vives.
Bagdad est-elle capitale de l’Apocalypse ? Des Tombeaux des dynasties a-t-il surgi une génération effrayée par un dôme, où l’homme a oublié ses langues, sa lyre et ses offrandes ? Bagdad tombe dans le compte à rebours, au-delà de la distance mâchée par les bombardiers, derrière un amas de ciel, de palmiers et d’étangs en prière.
Bagdad est à moi. "
(extrait de " Bagdad ", in Lieux sans terre)

Ce texte ne date pas d’hier… Il a pourtant une résonance toute contemporaine… Certainement parce que l’Histoire ne cesse de se répéter, en un perpétuel bégaiement, alors que la parole du poète, elle, possède une clairvoyance et une universalité qui font son prix. Il était donc temps de découvrir ce grand poète arabe trop peu connu.
La poésie arabe possède un souffle vital et un lyrisme qui font sa force. Comme le dit Bernard Noël, " les mots de Chawki ne sont pas descriptifs : ils établissent une relation et la développent ; ils font communiquer l’élément et le sentiment et assurent entre eux une continuité révélatrice".
Né à Nasriya, en Irak, en 1949, Abdelamir Chawki a fait des études universitaires à Bagdad. A partir de 1973, il séjourne à Paris où il poursuit des études supérieures de littérature comparée à la Sorbonne-Paris III. Il vit aujourd’hui entre la France et le monde arabe, à Beyrouth, où il est conseiller culturel auprès de l’UNESCO.
Surtout connu pour ses traductions de l’arabe, notamment d’Adonis (Mémoire du vent) dont il est un proche, certains de ses poèmes avaient déjà été traduits et publiés çà et là en revue.
L’obélisque d’Anail est le premier recueil qui lui soit entièrement consacré en France. Ses textes sont traduits de l’arabe par d’autres poètes comme Alain Jouffroy, Paol Keineg, Philippe Delarbre ou Bernard Noël, entre autres.

Paru le 2 octobre 2003

Éditeur : Mercure de France

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.