Antoine Vitez & la poésie

Auteur : Marie Étienne

Antoine Vitez & la poésie

Postface et bibliographie de Jacques Darras.

Ce livre a pour héros central Antoine Vitez (1930-1990), l’un des plus grands metteurs en scène du XXe siècle. Ses mises en scène des pièces de Paul Claudel lui ont ouvert les portes de la Comédie Française dont il devint administrateur en 1988, dès la fin de son mandat à la tête du Théâtre National de Chaillot. Proche de Louis Aragon et Yannis Ritsos, il s’est constamment tenu au contact de la poésie qu’il considérait comme essentielle à la pratique du théâtre. On notera son recueil Poèmes (POL, 1997) et ses traductions en français de Bertolt Brecht (Arche), Yannis Ritsos (Gallimard) ou encore Vladimir Maïakovski (Théâtre de Caen).

Enquête sur un chien mort

Le lundi 12 octobre 2017, en préalable à une réunion de l’Association des Amis d’Antoine Vitez qu’elle préside avec sa soeur Jeanne, Marie Vitez lit un poème de son père, écrit le 2 juillet 1978 et dédié à sa femme, Agnès Vanmolder.

« Nous nous sommes avancés sur la plage,
nous avons compris que nous étions seuls, avec ce chien crevé, salé, ensablé,
nous avons douté de notre mission politique,
sauver la poésie nous semblait une tâche inaccessible. »

Jeanne ajoute quelques mots. Le poème, nous dit-elle, a trait à un voyage en Grèce, où Antoine se rend en compagnie d’Agnès pour aller voir Yannis Ritsos, que le régime des colonels assigne à résidence.

Ce commentaire de Jeanne me permet d’avancer dans la compréhension d’un texte pour moi jusqu’à ce jour énigmatique. « Sauver la poésie ? » En quoi cela consiste-t-il ?

Et s’agit-il vraiment d’une « mission politique » ?

La poésie à cette époque était, certes, en péril. Ne l’a-t-elle pas toujours (ou presque) été ? Il fallait certes la sauver, mais n’était-ce pas de bien grands mots ? Et qu’était ce chien mort, sur lequel le poète s’attardait en termes réalistes ? Simple image poétique ? Si tel était le cas, elle ne pouvait, venant de lui, être gratuite.

Paru le 5 septembre 2019

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Essai

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Serge Sautreau

Rivière je vous prie

Loin, un instant, des rives, souvenons-nous, riverains des cours de porcelaine, souvenons-nous des loges de verre, entre flammes et idoles, où se pâmaient le mythe, la révolte, les tyrannies de la fin…

Loin, à l’instant, loin du poumon fertile, c’est l’origine qui appelle avec de longs herbiers ondulant sous la nacre, laissant apercevoir des sables habités, des galaxie solubles, des à-pics de massifs coulés s’engloutissant dans le vert sombre.

Pour invoquer. Pour éveiller le dieu. Pour ne jurer de rien. Pour accueillir. Rivière.

Serge Sautreau, Rivière je vous prie, Éditions l’Atelier le Ciel sur la Terre, 1997