Antonin Artaud / Pour en finir avec le jugement de Dieu

Auteur : Antonin Artaud

Antonin Artaud / Pour en finir avec le jugement de Dieu

Edition présentée et établie par Evelyne Grossman, Poésie / Gallimard, 6.50 euros.

Pour en finir avec le jugement de Dieu est sans doute le livre d’Antonin Artaud qui libère le plus violemment cette voix forcenée, cette voix de fureur et de fièvre qui apparaît comme l’ultime état, l’ultime éclat de sa parole de poète.
La poésie prend ici la forme d’une profération, d’une vaticination, mais loin de vouloir faire entendre le message inspiré ou imposé à un oracle par un dieu quelconque, Artaud entreprend de transcrire les mots, les balbutiements, les cris comme s’ils étaient directement engendrés par le corps souffrant, brisé, torturé d’un médium qui refuse toute intervention transcendante.
Ce dont témoigne ce livre, c’est d’une révolte ontologique, révolte radicale qui s’affranchit de tous les recours, de tous les secours, de toutes les croyances, pour s’en tenir aux seules sonorités, aux seuls timbres aux seules vibrations des choses.
Ecrit pour être lu au cours d’une émission spéciale de la Radio diffusion française, le texte fut en effet enregistré en novembre 1947 par Antonin Artaud, Maria Casarès, Roger Blin et Paule Thévenin, mais fut interdit d’antenne. La polémique qui s’ensuivit prend désormais place dans le corpus même de l’ouvrage, et donne la mesure de l’obscurantisme ambiant. En fait, dès le titre, l’oeuvre d’Artaud attaquait de front la forme suprême de l’oppression ; et cet intitulé vengeur n’a rien perdu, en toutes langues et sous toutes ses latitudes, de sa force ne de sa pertinence.

Paru le 26 juin 2003

Éditeur : Gallimard

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.