Apocryphe de Lucebert

traduit du néerlandais par Kim Andringa et Henri Deluy. Présentation par Henri Deluy.

Quel extrême contemporain pour une langue peu répandue hors de ses frontières nationales, pour une poésie longtemps à l’écart, pour un poète néerlandais, ici et maintenant ?

Peintre de renommée internationale, considéré comme l’empereur des poètes expérimentaux de son pays, Lucebert (1924-1994) bouleverse et renouvelle, dès 1948 et dans la mouvance de COBRA, normes, formes, thèmes, inspiration dramatique, rapport au monde et souffle lyrique de ce qui se nomme "poésie".

"je ne suis pas un doux poète
je suis le peste troublion
de l’amour, vois la haine au-dessous
et au-dessus une action caquetante (…)"

Paru le 1er septembre 2005

Éditeur : Le Bleu du ciel

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

La panthère des neiges

L’affût commande de tenir son âme en haleine. L’exercice m’avait révélé un secret : on gagne toujours à augmenter les réglages de sa propre fréquence de réception. Jamais je n’avais vécu dans une vibration des sens aussi aiguisée que pendant ces semaines tibétaines. Une fois chez moi, je continuerais à regarder le monde de toutes mes forces, à en scruter les zones d’ombre. Peu importait qu’il n’y eût pas de panthère à l’ordre du jour. Se tenir à l’affût est une ligne de conduite. Ainsi la vie ne passe-t-elle pas l’air de rien. On peut tenir l’affût sous le tilleul en bas de chez soi, devant les nuages du ciel et même à la table de ses amis. Dans ce monde il survient plus de choses qu’on ne le croit.

Sylvain Tesson, La panthère des neiges, Éditions Gallimard, 2019.