Appareil. Vision. Nocturne., de Thomas Kling

Appareil. Vision. Nocturne., de Thomas Kling

Semblables aux poissons photophores des grands fonds, les appareils de vision nocturne sont des dispositifs optiques qui permettent de capter dans l’obscurité les photons de lumière résiduelle et de les amplifier de sorte à rendre possible la vision. Les poèmes présentés ici sont des « machines nocturnes » grâce auxquelles Thomas Kling plonge dans la nuit des temps, traverse l’opacité des sédimentations historiques, linguistiques, culturelles et artistiques pour dénicher des résidus apparemment morts ou oubliés et les recharger d’énergie tout en les reconfigurant. Kling met au jour les vestiges de traditions ruinées, les recycle et les remet en marche, exhume les morts et les mots pour leur redonner vie dans un bouche-à-bouche à l’issue incertaine. Recueil écrit immédiatement après la réunification, appareil. vision. nocturne radiographie d’est en ouest les transformations linguistiques à l’œuvre en Europe provoquées par la chute du Mur de Berlin, il y culmine la réflexion de l’auteur sur l’histoire et la création artistique. Kling instaure un dialogue permanent et atemporel avec les événements, les lieux et les références littéraires et historiques, présentes et passées. Dans une démarche poétique inédite, associant montages visuels et brouillage du langage, il crée un réseau de sens vertigineux, aussi bien à l’échelle du poème qu’à celle du recueil tout entier.

Paru le 21 novembre 2018

Éditeur : Unes

Genre de la parution : Recueil

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.