Appel aux riverains

Appel aux riverains

Il y a soixante ans, en février 1953, Jean Breton et Hubert Bouziges, deux jeunes poètes, publiaient une plaquette à deux voix : À même la terre, censée inaugurer une collection de recueils, ayant pour titre ce nom découvert avec ferveur, dans ses lectures d’adolescent, par Jean Breton : Les Hommes sans Épaules. Cette plaquette déboucha sur une collection de poésie contemporaine, mais surtout, sur la publication d’une revue éponyme, qui, soixante ans après, est toujours en activité. Cette anthologie dresse un inventaire de soixante ans de poésie, au scalpel de l’émotion. Outre la cohérence éditoriale, on dénote une vraie richesse, une ouverture et une diversité assez étonnante, qui jalonnent l’histoire comme les publications des HSE. Seule une anthologie pouvait en rendre compte, parce que cet « inventaire du soixantenaire » dépasse de loin le cadre du « simple anniversaire de famille » et qu’il donne à lire une anthologie à part entière de la poésie contemporaine, qui a toutefois la particularité d’avoir été établie à partir de l’aventure d’une revue de poésie. L’anthologie Appel aux riverains rassemble des textes théoriques et des manifestes, dans sa première partie (car le débat d’idées a toujours trouvé une place dans la revue comme dans le groupe), et des poèmes dans la deuxième, afin de proposer, à travers 206 poètes, une lecture globale des Hommes sans Épaules.
Christophe DAUPHIN

Paru le 1er novembre 2013

Éditeur : Les Hommes sans Epaules éditions

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.