Approches de l’art moderne

Auteur : Marc Alyn

Approches de l'art moderne

Des œuvres, des hommes, des destins

Dans ces approches de l’art moderne, qui forment aux yeux de l’auteur une galerie fabuleuse, on trouvera des portraits de peintres, de sculpteurs, mais aussi de plasticiens composant des poèmes, de poètes tentés, voire tourmentés, par l’expression picturale qu’ils considèrent comme un prolongement de leur « cri écrit », pour reprendre un titre de l’un d’entre eux, Jean Cocteau. « Moi aussi je suis peintre ! », s’exclamait déjà Apollinaire au seuil de ses Calligrammes, dessins réalisés avec pour matière première les mots.
À partir du surréalisme, chaque artiste se veut un aventurier de l’esprit à l’affût, non de la beauté, mais en quelque illumination extrême s’achevant en désintégration. Hiroshima est partout dans les têtes, au même titre que l’holocauste. La folie, le suicide, l’overdose éblouissante demeurent des éléments incontournables de la quête. Chacun tend au flash, au satori mystique, à la fusion avec le Rien primordial. C’est ce que Bataille nomme « l’expérience intérieure » et Michaux la « connaissance par les gouffres ».
Les femmes – jadis « muses », maîtresses ou esclaves – deviennent des artistes à part entière. En témoignent les chefs d’œuvre de Remedios Varo, de Kay Sage et de Leonora Carrington, qui administrent la preuve éclatante de la percée triomphale des créatrices enfin sorties de leur ghetto.

Paru le 1er novembre 2007

Éditeur : Bartillat

Genre de la parution : Essai

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.