Après le tremblement

Auteur : Jean Portante

Après le tremblement

Après le tremblement clôt à la fois un triptyque et ouvre un cycle nouveau. Avec Le Travail du poumon se disait la langue qui dans la langue respire, l’italien « poumonnant » à l’intérieur du français. Puis est venu La Réinvention de l’oubli où déjà le tremblement, celui de la terre de là-bas, de l’origine donc, a touillé dans le système voulant que de l’oubli ou de la mémoire, ce fût cette dernière qui toujours rafle la mise. Et voici Après le tremblement, qui est la mise à mort du poumon. Le 6 avril 2009, ce qui a tremblé dans le village de l’origine quand les maisons ont été ébranlées, c’est la langue dans la langue. Ce qui est resté, après le tremblement, c’est une langue désertée par la langue qui à l’intérieur respirait. Langue fantôme. C’est ce que tente de dire Après le tremblement, avec une langue réfugiée à l’extérieur de la langue et qui, de tout près, l’observe. Voilà l’origine mise à nu. Voilà l’origine qui observe ce que longtemps elle a habité. Voilà que se clôt un cycle d’écriture. Voilà que le travail qui s’ouvre désormais – après le tremblement – n’est pas l’écriture de l’ombre, mais l’ombre de l’écriture.

Paru le 1er juin 2013

Éditeur : Le Castor Astral

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Philip Larkin

Où vivre, sinon ?

Est-ce pour maintenant ou pour toujours
Que le monde est pendu à une tige ?
Est-ce pour un rendez-vous ou par ruse,
Ces bois trouvés pour aller faire un tour ?

Est-ce miracle ou mirage
Si vers les miennes se lèvent tes lèvres ?
Et les soleils, comme des balles de jongleurs,
Sont-ils une feinte ou un gage ?

Darde tes feux, mon ange surprenant,
Faisant front de tes seins à la peur coupe court,
Te prenant maintenant, je te prends pour toujours,
Car le toujours est toujours cet instant.

Philip Larkin, Où vivre, sinon ?, Traduit de l’anglais par Jacques Nassif, Éditions de la Différence, 1994.