Après moi le bonheur de Ozdemir Asaf

Après moi le bonheur de Ozdemir Asaf

Homme libre, funambule des mots, de peu de mots, de peu de vers, le grand poète turc Özdemir Asaf (1923-1981) s’affranchit des codes de la poésie de son temps. Il invente une langue, crée un désordre ludique et, d’un poème l’autre, se perd, vous perd, se retrouve, vous déplace…
Journaliste, imprimeur, traducteur d’auteurs français (Apollinaire, Hugo, Éluard…), proche du nouvelliste Sait Faik et du poète Behçet Necatigil, il a laissé une œuvre existentialiste, quête de l’être et de l’autre, quête de «  toi  ».
«  Si je te racontais à toi, je raconterais moi, En te cherchant en toi, je me recherche moi.  »

Paru le 1er mars 2017

Éditeur : Bleu autour

Genre de la parution : Anthologie

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage