Arabian blues

Auteur : Amin Khan

Arabian blues

Arabian blues, préfacé par René Depestre.

J’entends venir
les pas de ma mémoire
germes d’orage
et puis charge de bisons
et je suis seul
endormi au cœur
d’une vague géométrie
celle d’une prairie
et puis celle d’une prison
et je ne peux rien
j’entends de loin brûler
les bouts de bois de ma raison

*

La fulguration surréaliste d’Amin Khan intègre une expression elliptique et dépouillée à divers héritages transnationaux et transculturels. son énergie migratoire est partie prenante du cafard musicien des noirs et du feeling douloureux à la baudelaire ou encore à la William Carlos Williams. il met la tradition musulmane en contrepoint fécond aux valeurs esthétiques des cultures française et anglo-saxonne. en un temps où l’interdépendance des imaginaires
de la planète n’arrête pas de s’accroître, sa maison philologique de poète n’est ni la nation arabe, ni les anciens empires coloniaux, sinon le sentiment de mondialité qui pousse son errance « d’éternel poursuivant de la poussière et du sel ».

René Depestre

Paru le 31 janvier 2012

Éditeur : MLD - Mérédith Le Dez

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.