Aragon et la chanson

Aragon et la chanson

Aragon et la chanson
« Je déborde d’un chant sublime, impérieux », écrit Louis Aragon dans le poème Elsa. Ce chant, à la source de l’inspiration poétique en constitue aussi l’horizon, tellement Aragon fut à l’origine de nombreuses chansons. Les chanteurs qui, de Léo Ferré à Jean Ferrat, en passant par Georges Brassens ou, plus récemment, par Sanseverino, ont vu en lui une partition silencieuse en attente d’instruments.
Nathalie Piégay-Gros nous montre ici, avec tendresse et érudition, que la poésie savante et courtoise de l’auteur des Yeux d’Elsa, mariée à sa passion pour la musique populaire, pour le jazz, pour les flonflons et le music-hall et inscrite dans son contexte politique (Front populaire, Résistance, guerre d’Espagne…), a constitué une invitation ensorcelante pour les chanteurs qui l’ont lue et, sans doute, d’emblée fredonnée.

Deux volumes retracent ces noces d’évidence du poème et du chant. Le premier, riche de photos, petits formats, correspondances, dit le lien passionnel du poète à la chanson. Le second, à rebours, illustre l’engouement de chanteurs pour le poète. Les fac-similés des poèmes mis en chanson dessinent, sous le commentaire de Nathalie Piégay-Gros, la genèse à chaque fois différente de ces créations enchanteresses.

Nathalie Piégay-Gros est maître de conférences à l’université Paris 7-Denis Diderot. Spécialiste de littérature française contemporaine, elle a publié de nombreux articles et ouvrages, notamment L’Esthétique d’Aragon (Sedes, 1997) et Les Voyageurs de l’impériale (Belin, 2001). Elle a établi l’édition de La Semaine sainte pour la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard, Œuvres romanesques complètes, tome 4, 2008). Elle participe aux travaux du groupe Aragon de l’Item (Institut des textes et manuscrits modernes).

Paru le 1er septembre 2007

Éditeur : Textuel

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Petit poème pour y aller

Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Un insecte sur ta peau dont tu écoutes la musique des pattes.
La sirène d’un bateau suivie par des oiseaux, ou un pli de vagues.
Un arbre un peu tordu qui parle pourtant du soleil.
Ou souviens-toi, ces mots tracés sur un mur de ta rue :
« Sois libre et ne te tais pas ! ».
Un poème parfois, ce n’est pas grand-chose.
Pas une longue chanson, mais assez de musique pour partir
en promenade ou sur une étoile,
à vue de rêve ou de passant.
C’est un aller qui part sans son retour
pour voir de quoi le monde est fait.
C’est le sourire des inconnus
au coin d’une heure, d’une avenue.
Au fond, un poème, c’est souvent ça,
de simples regards, des mouvements de lèvres,
la façon dont tu peux caresser une aile, une peau, une carapace,
dont tu salues encore ce bateau qui ouvre à peine les yeux,
dont tu peux tendre une main ou une banderole,
et aussi la manière dont tu te diras :
« Courage ! Sur le chemin que j’ai choisi, j’y vais, j’y suis ! ».
Un poème, à la fois, ce n’est pas grand-chose
et tout l’univers.

Carl Norac, inédit, pour le 22e Printemps des Poète / Le Courage