Aragon parle avec Dominique Arban

Aragon parle avec Dominique Arban

Entretiens
« Autoportrait au magnétophone ».
Aragon par Aragon, trente ans après sa disparition.
Au printemps 1968, Dominique Arban se rend pour trois longs entretiens rue de Varenne, au domicile de Louis Aragon. L’homme s’est déjà livréà plusieurs reprises à cet exercice, avec Jean Cocteau, Francis Crémieux puis Jean Ristat, mais il amorce depuis quelques années un vaste mouvement d’analyse rétrospective qui caractérisera la dernière partie de son oeuvre. « Il règne sur mon compte d’extraordinaires légendes. Tellement de légendes que je n’arrive pas du tout à les briser », avoue-t-il à l’âge de 71 ans. Dans un souci de clarté, Dominique Arban emprunte la voie chronologique. Ainsi se déroule devant nous le fil de leurs échanges et, à travers lui, la mémoire d’Aragon, tour à tour précise ou volontairement floue, depuis son enfance de garçon aux origines incertaines, avec ses premiers souvenirs de théâtre, ses chocs de bibliophile précoce, ses (prétendues) études de médecine et sa rencontre fondatrice avec Breton en 1917. S’ensuit la création de la revue Littérature, le dadaïsme puis l’histoire du mouvement surréaliste qu’il entend une fois pour toutes démystifier. Et enfin, les années sombres, ou les poèmes deviennent des armes de combat idéologique, qui infléchiront durablement le cours de son travail, bien après la guerre. Au cours de la conversation, Aragon s’attache à quelques personnages qui ont compté dans son parcours intellectuel, les oeuvres qui lui apparaissent fondamentales et celles qu’il dénigre ostensiblement. Il fait toute la lumière sur ses voyages à Moscou, sa tentative de suicide de 1928 à Venise et la publication du roman Les Voyageurs de l’Impériale. Et, deux ans seulement avant la mort de sa compagne, il chante « la rumeur d’Elsa », sujet et destinataire de tous ses poèmes, amour longtemps quotidien et amour toujours sublimé.

Paru le 1er novembre 2012

Éditeur : Seghers

Genre de la parution : Essai

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.