Au beau milieu de Pierre Parlant

Auteur : Pierre Parlant

Au beau milieu de Pierre Parlant

de Pierre Parlant, prose poétique

Exister consiste à éprouver des sensations, des émotions, des souvenirs, le parcours d’une pensée, le désarroi, la possibilité de la joie…
On assiste dans cet ouvrage à un drôle de parallélisme intéressant le corps du texte et son intention ; celle-ci en effet s’écrit comme elle peut, par approximations, décalages, dériva-tions ; et prend comme " motif " la perception d’une expérimentation chaque fois au plus près de son fait :
· une voix qui lit
· un cycliste qui vient de chuter
· une fenêtre ouverte sur un paysage, au petit matin
· rejoindre à pieds le rivage marin
L’auteur affine l’observation du va-et-vient entre ce qui arrive et ce qui peut s’en dire, son style très personnel emportant le lecteur dans la tourmente des faits.

La route n’est pas un lit moelleux la dynamo a pris un sacré coup la petite bouteille aussi la joue à terre n’est pas en reste meurtrie comme l’est un chevalier tombé de son cheval saigne un peu deux ou trois gouttes tombent suffisent pour commencer une histoire pour la finir un gosse dans la cour attend toujours de voir l’œil de la maîtresse avoir mal être sûr d’avoir mal pour pleurer pour saigner quand on l’a vu ça faisait un moment que c’était pas arrivé des années des gouttes sur la neige mais c’est juin comment tu t’appelles trois gouttes c’est drôle vraiment c’est drôle on se demande pourquoi on ne tombe plus tellement une fois qu’on est adulte on tombe si peu souvent on tient si bien que ça on tient au point que les mains brûlent comme si elles n’avaient jamais connu la morsure du gravier et le mâchefer dans la cour c’est drôle de mot

Paru le 1er décembre 2002

Éditeur : Atelier de l’agneau

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.