Au blanc de neige

Auteur : Henri Deluy

Au blanc de neige

Le blanc de neige témoigne de la volonté d’opérer un retour à une préoccupation originelle, de saisir, une fois encore, ce qui fait le fonds du rapport qu’entretient le poète à l’univers qui l’entoure. Prosaïque, parfois même matérialiste, le vers d’Henri Deluy s’appréhende comme une traversée, à la conquête d’une altérité qui seule donne corps et consistance à cette présence au monde. Sur la blancheur initiale, à peine marquée d’ « un reste bleu de neige / sur le bleu du ciel », s’impriment peu à peu des figures connues, des lieux traversés, des instants préservés, des couleurs connues ou des minutes égrenées, pour, finalement, faire apparaître le visage de la femme aimée. Chez Henri Deluy, le lyrisme se fait discret, à la mesure des moyens toujours limités dont dispose le poète pour dire son acquiescement au monde. Tout le travaille du poète se traduit ainsi en cette « mémoire devenue artisanale » qui, avec ses propres armes, ne trouve à s’exprimer que dans une confrontation avec l’absolu, « dans une profondeur de ciel ».

Paru le 1er janvier 2007

Éditeur : Virgile/ coll. Ulysse fin de siècle

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Lorand Gaspar

Approche de la parole

Le poème n’est pas une réponse à une interrogation de l’homme ou du monde. Il ne fait que creuser, aggraver le questionnement. Le moment le plus exigeant de la poésie est peut-être celui où le mouvement (il faudrait dire la trame énergétique) de la question est tel - par sa radicalité, sa nudité, sa qualité d’irréparable - qu’aucune réponse n’est attendue plutôt, toutes révèlent leur silence. La brèche ouverte par ce geste efface les formulations. Les valeurs séparées, dûment cataloguées, qui créent le va-et-vient entre rives opposées sont, pour un instant de lucidité, prises dans l’élan du fleuve. De cette parole qui renvoie à ce qui la brûle, la bouche perdue à jamais.

Approche de la parole,
Éditions Gallimard, 1978.