Au blanc de neige

Auteur : Henri Deluy

Au blanc de neige

Le blanc de neige témoigne de la volonté d’opérer un retour à une préoccupation originelle, de saisir, une fois encore, ce qui fait le fonds du rapport qu’entretient le poète à l’univers qui l’entoure. Prosaïque, parfois même matérialiste, le vers d’Henri Deluy s’appréhende comme une traversée, à la conquête d’une altérité qui seule donne corps et consistance à cette présence au monde. Sur la blancheur initiale, à peine marquée d’ « un reste bleu de neige / sur le bleu du ciel », s’impriment peu à peu des figures connues, des lieux traversés, des instants préservés, des couleurs connues ou des minutes égrenées, pour, finalement, faire apparaître le visage de la femme aimée. Chez Henri Deluy, le lyrisme se fait discret, à la mesure des moyens toujours limités dont dispose le poète pour dire son acquiescement au monde. Tout le travaille du poète se traduit ainsi en cette « mémoire devenue artisanale » qui, avec ses propres armes, ne trouve à s’exprimer que dans une confrontation avec l’absolu, « dans une profondeur de ciel ».

Paru le 1er janvier 2007

Éditeur : Virgile/ coll. Ulysse fin de siècle

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Stéphane Crémer

La Terre

Au sortir d’un rêve à Brasilia j’ai empoigné
la terre, déjà si âcre à mes mains
que leurs paumes m’ont paru des papilles
d’où montait un goût avec son parfum.

Quelqu’un est mort bien loin ce matin
et j’ai pensé, en me baissant jusque là
pour l’emporter à mon tour, que je saurais
l’y ensevelir à ma manière en secret.

Ainsi – car n’allons pas priver la poésie
de sa logique : ni car ni ainsi ne sont proscrits
du poème, ni aucuns mots, pourvu qu’ils s’unissent
en pensée par-delà les marges noires du faire-part ! – ,

ainsi je garde près de moi, dans des flacons
comme une épice sur l’étagère de ma cuisine,
ce pigment rouge du Brésil dont je sais qu’un jour,
empesé à l’amidon de mon choix, un beau jour

nous partagerons la délicieuse peinture mitonnée
qui montrera, aussi bien qu’une Joconde enfin
pour de bon éclipsée de son cadre, ce qu’il reste
de cette disparition : un paysage, et son horizon !

Stéphane Crémer, compost, Éditions isabelle sauvage, 2013.