Au commencement des douleurs, poèmes

Auteur : Pascal Boulanger

Au commencement des douleurs, poèmes

Où en sommes-nous dans l’amnésie et dans l’oubli ? Dans l’oubli de Dieu, dans l’oubli du temps, dans l’oubli de l’être ? Où en sommes-nous dans la fraternité et la terreur toujours complices ?
Que pouvons-nous dire de la culture de mort, des commémorations sous surveillance, de la guerre de tous contre tous ?
Il s’agit, dans ces poèmes, d’effacer les contours de la chronologie pour montrer l’envers du temps et son effrayante sauvagerie.
Au commencement des douleurs prolonge la vision apocalyptique qui était celle de mes précédents recueils et notamment de Tacite (Flammarion, 2001). J’ai voulu que ces poèmes, en s’appuyant sur le champ de bataille que les prophètes bibliques inaugurent, s’inscrivent dans un élan tragico-jubilatoire – burlesque parfois – afin de mieux diagnostiquer la maladie logée au coeur même des choses.
La poésie peut-elle mettre en lumière la volonté sociale de dissimuler les mécanismes du ressentiment ?
J’en suis, depuis toujours, convaincu.
Mais là où abonde le mal, la grâce surabonde.
P.B.

Paru le 1er avril 2013

Éditeur : Corlevour

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Je suis la fille du baobab brûlé

Elle a une main dans la main du désir
Nous ramons en haute mer
Les eaux suffoquées cassées
Masses pendues aux os tendres
Où je meurs dialogue des corps
Le voyage est infini sur les routes de lumière
Le vin des amants est un baiser mortel

Au chant de la bien-aimée
Un soupir rend l’éternité
Mêlant l’anatomie des sens
Notre histoire refuse la chronique des héros
Le sexe humide du poème
Nourrit l’espérance du monde
Nous arriverons ensemble
Nous cheminerons ensemble
Nous partirons ensemble
Au contrepoint de la terre

Ce qui n’est à personne est à moi
J’embrasse le crépuscule d’eau
Je suis debout au flanc des nuages
Je respire l’air frais du soir
Tant qu’il y aura une étoile
Je brillerai avec ma chanson
Et je chanterai à voix de tête

Rodney Saint-Éloi, Je suis la fille du baobab brûlé, « Elle a une main dans la main du désir », Mémoire d’encrier, 2015.