Au commencement des douleurs, poèmes

Auteur : Pascal Boulanger

Au commencement des douleurs, poèmes

Où en sommes-nous dans l’amnésie et dans l’oubli ? Dans l’oubli de Dieu, dans l’oubli du temps, dans l’oubli de l’être ? Où en sommes-nous dans la fraternité et la terreur toujours complices ?
Que pouvons-nous dire de la culture de mort, des commémorations sous surveillance, de la guerre de tous contre tous ?
Il s’agit, dans ces poèmes, d’effacer les contours de la chronologie pour montrer l’envers du temps et son effrayante sauvagerie.
Au commencement des douleurs prolonge la vision apocalyptique qui était celle de mes précédents recueils et notamment de Tacite (Flammarion, 2001). J’ai voulu que ces poèmes, en s’appuyant sur le champ de bataille que les prophètes bibliques inaugurent, s’inscrivent dans un élan tragico-jubilatoire – burlesque parfois – afin de mieux diagnostiquer la maladie logée au coeur même des choses.
La poésie peut-elle mettre en lumière la volonté sociale de dissimuler les mécanismes du ressentiment ?
J’en suis, depuis toujours, convaincu.
Mais là où abonde le mal, la grâce surabonde.
P.B.

Paru le 1er avril 2013

Éditeur : Corlevour

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Charles Cros

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal côté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête.
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal ;
Des roses, des roses, des roses !

Charles Cros, « Sonnet », Le Collier de griffes.