Au hasard de l’homme

Auteur : Jean Perret

Au hasard de l'homme

Je rêve, j’ai peur

C’était quelqu’un qui en revenait
un envoyé, quelqu’un qui avait vu
du dedans l’invisible
du dehors le visible

C’était quelqu’un qui portait deux visages
le visage d’un long aller
le visage d’un lent retour

Et qui disait presq’à voix basse

Je rêve de sables mouvants, d’effacement
là où le plus infime s’épanche
dans un humide remuement

J’ai peur de me souvenir
des enfants rieurs aux mains des bourreaux
de leurs noms de rue, de leurs noms d’Etat
de leurs oripeaux

Je rêve d’un enfant qui ne m’aurait pas quitté
de nonchalance dans un berceau de femme

Paru le 1er décembre 2003

Éditeur : L’idée bleue

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Treizième poésie verticale

Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.

Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.

Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.

Roberto Juarroz, Treizième poésie verticale, traduit de l’argentin par Roger Munier, Librairie José Corti, 1993.