Au ressac au ressaut de Roger Lesgards

Au ressac au ressaut de Roger Lesgards

Les robots n’ont jamais été enfants. Ils naissent adultes, définitivement conformés, conformistes, fonctionnels, efficaces. Dans nos sociétés « technicistes », beaucoup d’hommes se sont robotisés. Ce qui, dans la perte volontaire d’un temps d’innocence et de questionnement où les mots trébuchent sur les choses, leur confère un air conquérant, les rend sûrs d’eux-mêmes, « incontournables ». Imagination formatée, conscience atrophiée, ils traitent la planète et les sociétés comme simples ressources. À exploiter.

Car c’est bien dans l’enfance que sourd l’imaginaire, qu’apparaît la première conscience, que prend corps le langage. Là se tient la fabrique de l’âme. Pour moi, ne peut prétendre aborder aux rives limoneuses de la poésie que celui qui n’offusque pas cette partie constitutive de lui-même, qui, plutôt que de la renier, la maintient vive pour abreuver sa vision du monde. Il s’agit de ménager en soi des clairières de naïveté où sens et sons rabibochés viendront à la lune danser la gigue nouvelle aux rythmes des flûtes nasales, des mirlitons et des tambourins.

Le reste, à la condition d’accorder aux mots le bénéfice du doute et de les forcer à dire le « vrai du vrai » tout en mentant avec effronterie, suivra.

R. L.

Paru le 1er novembre 2013

Éditeur : Le Cherche-Midi

Genre de la parution : Recueil

Support : Livre papier

Poème
de l’instant

Carl Norac

Avant de tout dire

Toute la beauté du monde, je ne peux pas te la dire. Mais rien ne m’empêche d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs qui cachent les jardins, des dépotoirs au bord des plages, des ghettos dans des îles, tant de blessures aux paysages.

Par bonheur, un peu de splendeur demeure alentour et le dire, même tout bas, par amour, c’est croire encore qu’un jour, nous irons la trouver, toute la beauté du monde.

Carl Norac, « Avant de tout dire », Le livre des beautés minuscules, Éditions Rue du Monde.